On palabre, on palabre dans cette campagne, comme dirait l’autre. Parce qu’il le faut bien, par dépit et même avec un certain amusement. Et pendant ce temps, des milliers de citoyens n’ont ni le temps ni les moyens de s’arrêter pour réfléchir à leur vote. La politique est un luxe qu’ils n’ont pas. Comme bien d’autres luxes, d’ailleurs.
Ce n’est pas qu’ils n’ont rien à faire des affaires de l’État, au contraire, ils sont tout autant que nous interpellés, mais leur état à eux les préoccupe d’abord. Et avec raison. Les vraies affaires ne peuvent attendre. Payer le loyer, trouver un job, nourrir les petits, la vie prend le dessus sur la démocratie.
Le vote des pauvres
Une famille sur trois vit sous le seuil de la pauvreté à Montréal. Cela fait au total 150 000 personnes, dont plus de 40 000 enfants dépendent des services d’aide alimentaire. Ces 200 000 Montréalais qui ne mangent pas à leur faim, c’est l’équivalent de 10 centres Bell pleins à craquer ! Pensons-y en allant voir Madonna à 300 $ le billet cette semaine.
« Pauvreté », ce mot quasi banni de la présente campagne, prononcé de très rares fois par les chefs, est toujours aussi tabou. Les discours politiques ne sont que le miroir de notre désintérêt commun face à ces « autres » que la société met de côté.
La pauvreté est loin dans la liste de nos préoccupations. Bien après l’économie et la santé. C’est connu, les pauvres ne nous intéressent pas.
Mais on a tort de leur tourner le dos, car ils représentent pourtant un électorat de choix; 30 % de pauvres à Montréal qui se mettraient à voter ! Imaginez le résultat ! Les sondeurs en perdraient leur latin.
J’ai encore été frappée par ce triste constat ces jours-ci.
Qu’ils s’arrangent !
Comme à chaque rentrée scolaire depuis quatre ans, je suis marraine de l’Opération Sac à dos d’un organisme d’entraide alimentaire. Le Regroupement des Magasins-Partage de l’île de Montréal (RMPIM) travaille avec passion, dévouement et les moyens du bord pour venir en aide à des milliers de familles pauvres de Montréal pour qui rentrée scolaire rime avec désarroi.
C’est toujours souffrant de dire à son enfant qu’il n’aura pas de sac d’école cette année ni de boîte à lunch toute propre. De toute façon, quoi mettre dedans ? N’est-ce pas le minimum vital quand on va à l’école que d’avoir des cahiers et des crayons ?
On s’insurge devant l’alarmant décrochage scolaire de nos enfants, mais on ignore la pauvreté sous-jacente qui sème de la graine de décrocheur.
Chaque année, il faut se faufiler dans les nouvelles, espérer qu’une bonne âme entende notre appel et que les gens consentent à sortir leurs 30 sous le jour venu. Cette année, c’est pire. Qui sait que l’Opération Sac à dos se tient le vendredi 30 août ? On l’a pourtant dit en conférence de presse. Mais les débats des chefs ont monopolisé toute l’attention.
Plus un chat pour parler d’autre chose. Faut dire que du monde pauvre dans un sous-sol d’édifice d’organisme communautaire, c’est pas winner ! Au RMPIM, on ne s’en offusque pas. On sait que le business de la pauvreté n’intéresse personne.
Moi, qui n’arrive pas encore à m’y habituer, j’ai envie de crier. Notre incapacité à regarder la pauvreté en face et à prendre les mesures nécessaires pour l’enrayer m’écœure. C’est la preuve même de l’échec de notre système qui déshérite des enfants avant même de leur léguer quoi que ce soit (www.rmpim.org pour faire un don).