Ces derniers jours, tous les partis ont tendu la main aux anglophones. Toutefois, ils n’ont presque rien à leur offrir directement, déplorent une quarantaine d’organismes communautaires de langues anglaises à travers le Québec.
« Les Québécois d’expression anglaise sont suffisamment nombreux pour faire une différence, dans une course où les électeurs sont déchirés entre plusieurs partis », estime le président du Community Groups Network (QCGN), Dan Lamoureux.
Représentant près de 13,5 % des électeurs au Québec, les anglophones sont en effet majoritaires dans plusieurs circonscriptions montréalaises. Ils pèsent également lourd dans certaines zones ailleurs au Québec, comme dans Brome-Missisquoi (24,3 % de la population).
Pourtant, aucun des partis en course ne s’est directement intéressé à eux, selon le QCGN, un organisme à but non lucratif qui rassemble 41 organismes communautaires de langue anglaise au Québec.
Pas d’alternative
Dans ce contexte, « les libéraux demeurent le premier choix, surtout à Montréal », estime Jack Jedwab, le directeur exécutif de l’Association d’études canadiennes (AEC). Aucun autre parti n’a, selon lui, réussi à se présenter comme une alternative fiable pour éviter le spectre référendaire et le durcissement des lois linguistiques.
Toutefois, partout où les candidats caquistes pourraient battre le PQ, un vote stratégique des anglophones en leur faveur n’est pas exclu. « Ça va être un vote ABP : Anybody But Pauline », soutient-il.
S’il a lieu, le vote stratégique des anglophones en faveur de la CAQ se fera cependant du bout des doigts, selon la directrice générale du QCGN, Sylvia Martin-Laforge. Elle estime que la neutralité de François Legault sur la question constitutionnelle a fait déchanter beaucoup d’électeurs anglophones. Selon elle, rien ne garantit que l’ancien péquiste ne s’alliera pas au PQ en cas de gouvernement minoritaire ni qu’il ne militera pas pour le oui en cas de référendum.
Charest crédible
Quant aux allégations de corruption qui pèsent sur les libéraux, elles ne seraient pas prises au sérieux par la majorité des anglophones, selon M. Jedwab. « Elles sont perçues comme des accusations partisanes du PQ contre M. Charest. Or, le PQ n’est pas une source fiable, alors que M. Charest a une solide crédibilité au sein de la communauté », explique-t-il. « La présomption d’innocence est importante pour nous. Il est innocent jusqu’à preuve du contraire », ajoute-t-il.
Selon un sondage mené par l’AEC en collaboration avec CJAD et The Gazette au début de la campagne, l’intégrité n’est pas un enjeu prioritaire pour la communauté. Celle-ci s’intéresse davantage à la stabilité économique et à l’accès aux services en anglais, qui serait menacé en cas de victoire du PQ, souligne Mme Martin-Laforge.
Vers une fuite ?
Le Parti québécois promet en effet de déposer une nouvelle loi 101 plus contraignante dans les 100 premiers jours de son accession au pouvoir. Il souhaite notamment faire appliquer la loi aux cégeps anglophones et aux entreprises de 11 à 49 employés, qui n’y sont pas soumises actuellement.
Une victoire du PQ mènerait de nombreux anglophones à réfléchir sur leur avenir au Québec, estime Mme Martin-Laforge. « Il ne faut pas être alarmiste, mais on ne peut pas faire autrement que de se poser des questions quand on parle tant de loi 101. Est-ce qu’il y a une place pour moi ici ? Est-ce que j’ai le goût de toujours me sentir comme l’autre par opposition aux nous majoritaires ? »