Les deux victimes de la fusillade du soir des élections ont joué les héros, avec leurs collègues techniciens et au moins quatre policiers, risquant leur vie pour éviter que cet attentat tragique ne dégénère en carnage sans nom.
Autant de personnes qui se sont offertes en cibles à Richard Henry Bain pour l’empêcher de commettre l’irréparable ou pour neutraliser les sombres plans du cagoulard au peignoir, selon ce que le Journal a appris de diverses sources.
Denis Blanchette, un technicien de 48 ans chargé de démonter la salle de spectacles du Métropolis après le rassemblement des partisans péquistes, est tombé sous les balles du suspect. Lui et un collègue de 27 ans grillaient une cigarette à l’arrière du cabaret quand ils se sont interposés devant le tireur, armé d’un fusil mitrailleur AK-47.
Atteint à une fesse, le second gisait dans l’« entrée des artistes » quand deux policiers de la Sûreté du Québec, vêtus en civil, sont accourus pour le traîner à l’intérieur et lui prodiguer les premiers soins.
Coup du sort
Leur courage a été récompensé par un coup du sort favorable. Les agents – chargés de se fondre dans la foule afin d’y détecter des individus à risque pour la première ministre Pauline Marois – se sont alors retrouvés dans la ligne de mire du suspect. C’est à ce moment que le fusil d’assaut du tireur s’est enrayé, d’après nos informations.
Des techniciens ont alors bloqué la porte d’entrée à l’homme de 61 ans, sans savoir qu’il transportait aussi une arme de poing.
Deux autres policiers en civil de la SQ, sortis par une autre issue, sont intervenus. Le suspect a tenté de fuir, mettant le feu au bâtiment avec de l’essence et une fusée d’alerte, selon l’agence QMI. Les policiers l’ont rattrapé, désarmé et immobilisé avant d’être assistés par des patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Étonnant
« Il aurait pu y avoir une meilleure présence policière à l’extérieur. Si quelqu’un l’avait observé, on l’aurait intercepté avant », croit Roger Chartrand, ancien responsable de la sécurité d’État à la SQ qui dirige sa propre firme de protection privée.
« Le niveau de sécurité du déploiement policier est toujours proportionnel à l’évaluation préalable de la menace », a mentionné le lieutenant Guy Lapointe, porte-parole de la SQ.
Selon plusieurs sources, le service de protection des personnalités de la SQ (la garde rapprochée du premier ministre) surveillait l’intérieur du Métropolis, tandis que l’extérieur du bâtiment et ses accès relevaient du SPVM. À TVA, ex-commandant aux crimes majeurs du SPVM, Richard Dupuis, a qualifié d’« étonnant » que le suspect ait pu s’approcher si près de la première ministre « compte tenu de son habillement et du fait qu’il était lourdement armé ».