Dave Courage se remet bien des graves blessures subies lors de l’attentat du Métropolis. Fortement ébranlé, il peine toutefois à donner un sens aux tragiques événements.
Pas facile de parler de l’attentat pour Dave Courage. « Si je parle trop de ce que je ressens en dedans… Regarde, je tremble, j’ai de grosses sueurs », laisse-t-il tomber après quelques minutes de discussion.
Couché dans son lit d’hôpital, son regard se tourne souvent vers Marlène, sa conjointe enceinte de leur deuxième enfant. Il lui sourit.
L’attentat a coûté la vie à son ami et collègue Denis Blanchette. Celui-ci a été atteint d’une balle qui aurait été tirée par le suspect Richard Henry Bain en plein discours de Pauline Marois.
M. Courage aussi a été atteint par la balle. Il se dit « très chanceux » d’être toujours en vie. N’empêche qu’une certaine colère filtre de ses propos.
« Je suis enragé », finit-il par dire. Puis, il se calme un peu. « Je suis déçu, reprend-il. Rien ne fait de sens. »
Depuis l’attentat, il s’interroge sur la violence à la télé, l’attitude individualiste des gens et les préjugés si facilement partagés. Pour lui, c’est un peu de tout ça qui a mené à l’attentat.
« Tout le monde veut être écouté, mais personne n’écoute vraiment, regrette-t-il. Le tireur, il était peut-être juste malheureux et personne ne l’a écouté. »
Certains se sont étonnés qu’un tel attentat survienne au Québec. Pas lui.
« On n’est pas à l’abri de ça ici », croit pour sa part M. Courage.
Le problème, c’est qu’«il (Bain) avait 22 armes. Et c’était légal qu’il ait une arme d’assaut, mais pas qu’il l’utilise. Pourquoi c’est légal d’en avoir une alors ? » s’emporte-t-il avant de rester silencieux quelques moments.
Traumatisme
« J’ai vécu ma première expérience de choc post-traumatique hier », partage-t-il.
« Il a fait ses premiers cauchemars, raconte sa conjointe, qui ne quitte pas son chevet. Il s’est réveillé en panique. Ça a pris du temps avant qu’il se calme. »
Les blessures, « c’est surtout dans la tête », convient M. Courage.
« Tu ne peux pas oublier. Tu peux l’ignorer, tu peux faire semblant que ça n’existe pas. Tu peux même ne pas y penser pendant un moment. Mais oublier, non. »
« J’adore la vie »
« La solution, elle est dans ma main. C’est l’amour, assure-t-il alors qu’il tient dans sa main celle de sa femme. Je le pensais avant (l’attentat), mais là j’en suis convaincu. »
« J’adore la vie », lance-t-il avec un grand sourire pour sa conjointe.
Si son existence et celle des siens ont été chamboulées mardi dernier, son amour pour la vie n’a pas été touché, se réjouit-il.
Déjà, ce chanteur de hip-hop songe à écrire des chansons sur l’épreuve qu’il surmonte.
Deux chirurgies et des tonnes de médicaments plus tard, les blessures physiques de M. Courage guérissent.
Il subira une troisième et ultime chirurgie dans un peu plus de trois mois.
« Mais le pire est passé maintenant, laisse tomber sa mère Yvonne Courage. On peut recommencer à respirer. »
« Et on est bien entourés », assure-t-elle, reconnaissante de tous les messages encouragements reçus de part et d’autre.