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Culture et médias

La Gazette et le loup

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La Gazette a publié samedi les résultats d’un sondage Léger Marketing drôlement intéressant.

On y apprend que 44 % des anglophones et un tiers des allophones pensent à quitter le Québec à cause de l’« atmosphère turbulente » qui a entouré les élections. On y apprend aussi que 84 % des anglophones ont peur d’une « reprise des tensions linguistiques » au Québec.

Ce qui est assez ironique, c’est que cette « atmosphère » et cette « tension », c’est justement la Gazette qui a été la première à l’alimenter avant et pendant la campagne électorale.

Toujours dans la Gazette de samedi, un éditorial demandait que le ton change et que les esprits se calment dans les relations anglo-francos. Venant d’un journal qui n’a pas cessé de mettre de l’huile sur le feu depuis des semaines, c’est encore une fois assez ironique.

C’est comme si le gars qui a allumé un brasier devant la maison s’étonnait que les habitants crient au feu. C’est comme si le pyromane s’amusait, après les faits, à jouer au pompier.

ACHARNEMENT

S’il y a un média où Pauline Marois et son parti ont été systématiquement diabolisés et présentés comme le Bonhomme Sept Heures, c’est bien la Gazette.

La charte de la laïcité du PQ a été (faussement) résumée à « une loi anti-hijab ». Un vote pour le PQ a été présenté comme « un vote pour la xénophobie ».

La Gazette n’a pas hésité à tordre les propos de Mme Marois pour lui faire dire ce qu’elle n’avait jamais dit. Quand le Parti québécois s’est inquiété du déclin du nombre de Québécois dont la langue maternelle est le français, la Gazette a écrit, le 15 août : « C’est comme dire qu’il y a trop d’Arabes, de Noirs ou de Juifs. »

Même dans ses choix musicaux, Pauline Marois ne trouvait pas grâce aux yeux de la Gazette.

Le chroniqueur Don Macpherson a assisté au grand rassemblement du PQ du 30 août et il n’a pas du tout aimé ce qu’il a entendu. « Il s’agissait de chansons aux sons traditionnels, chantés par des Québécois de souche, rien d’“ethnique” pour refléter la diversité culturelle de la ville où le spectacle avait lieu. »

Quand ce ne sont pas les chroniqueurs ou les éditorialistes qui ont joué à l’enflure verbale, ce sont les lecteurs dont la Gazette a publié des lettres.

Le 31 août, la Gazette publiait une lettre du rabbin Lawrence Perlman. « Les remarques récentes de Pauline Marois au sujet des cégeps, des hijabs, des kippas, des crucifix et de ceux qui les portent sont déconcertantes. Une charte de la laïcité n’est pas juste déconcertante, c’est du fascisme. »

(Parlant de fascisme, vous vous souvenez, à la fin des années 1990, le caricaturiste de la Gazette Aislin avait publié toute une série de dessins montrant Louise Beaudoin en louve des SS, avec un fouet, jouant à la police de la langue.)

MAROIS FASCISTE ?

Pendant des semaines, la Gazette a crié au loup. « Attention le PQ est dangereux, le PQ n’aime pas les anglophones, le PQ n’aime pas les minorités. »

Maintenant que le gros méchant loup est au pouvoir, la Gazette s’étonne que les agneaux aient peur dans la bergerie.

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