Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor, a affirmé devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), mardi, que l’achat d’Astral par Bell créerait des précédents inquiétants et devrait être rejeté.
Lors de son allocution mardi matin, M. Péladeau a demandé le rejet pur et simple de la transaction de 3,4 milliards $. À son avis, cette acquisition engendrerait «un point de non-retour» pour l'avenir des télécommunications et de la radiodiffusion au Canada.
«Ce projet de transaction comporte un nombre effarant de précédents auxquels nul autre pays occidental, soucieux de diversité, de concurrence et de démocratie, n'aura eu à faire face», a dit M. Péladeau
Par exemple, il estime que le Canada serait le seul ayant accepté de combiner une entreprise «bâtie sur un monopole consenti par l'État pendant plus d'un siècle, avec un pôle de radiodiffusion dont le seuil de concentration effleure celui du conglomérat Médiaset, de Silvio Berlusconi, en Italie».
Un autre précédent serait d'accepter qu'une entreprise détienne des parts de marché supérieures à 35 % en écoute télévisuelle, selon le PDG de Québecor.
Le cas du Masters
M. Péladeau croit que les méthodes d'affaires de Bell peuvent être illustrées par la façon de négocier les droits sur le tournoi Masters de golf. «TVA Sports a perdu les droits de diffusion du Masters américain de golf sans que nous puissions même bénéficier de l'opportunité de négocier quoi que ce soit», a-t-il dit devant le CRTC.
Selon lui, la chaîne TSN a requis que RDS soit le diffuseur exclusif de cet événement dans le marché francophone.
L'opinion de Pierre Karl Péladeau est l'inverse de celle de Bell : la concurrence serait diminuée et non stimulée par l'achat d'Astral par Bell.
Il a dit craindre que Bell ne réserve la diffusion des contenus les plus intéressants à ses 7,5 millions d'abonnés à la téléphonie sans fil. Il cite «la récente exclusivité de la diffusion des Jeux olympiques de Londres» tout comme l'intention d'offrir les matchs du Canadien de Montréal seulement sur son sans-fil, annoncée lors de l'achat de CTV.
«L'avenir est au sans-fil», a-t-il insisté.
Les services spécialisés
Le patron de Québecor croit aussi qu'avec une part de marché de 80 % dans les services spécialisés, «Bell pourra assoiffer les télévisions généralistes qui n'ont, comme vous le savez, qu'une seule source de revenus: la publicité».
Pierre Dion, président du Groupe TVA, soutient que Bell-Astral aurait les stocks publicitaires nécessaires afin de donner le Québec à titre de «boni» aux annonceurs, ce qui aurait des effets négatifs sur les revenus publicitaires de ses concurrents.
Par ailleurs, M. Péladeau a affirmé que Québecor donne l'exemple en consacrant 90 % de ses dépenses de programmation au contenu canadien, créant des retombées pour le Québec. «C'est la pérennité de cet état des choses qui serait en péril si vous deviez autoriser l'acquisition d'Astral par Bell».
M. Péladeau a convenu que Québecor se servait de son pouvoir sur le marché afin de maximiser le rendement pour ses actionnaires. Il a par la suite ajouté que son souci, dans ce dossier, était de préserver la concurrence dans le marché des télécommunications.
Questionné par les commissaires du CRTC sur sa conduite après avoir pu combiner Vidéotron avec ses autres actifs médiatiques, Pierre Karl Péladeau l'a qualifiée d'«irréprochable».
Le CRTC tient des audiences pour déterminer si elle donnera ou non son aval au projet de Bell d’acquérir Astral. Cette autorisation est nécessaire pour que ce projet puisse se concrétiser.