S'ils veulent garder les usines ouvertes et éviter la délocalisation des emplois, les syndicats ont de moins en moins le choix de faire des concessions, selon des représentants syndicaux et des experts en relations industrielles.
Jeudi, un grand joueur du milieu syndical, les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), a clairement confirmé la tendance en ce sens. Les TCA a proposé de réduire les conditions salariales des nouveaux employés des usines d'assemblage et de créer deux catégories de syndiqués, pour favoriser une entente avec les constructeurs automobiles de Détroit.
En décembre dernier, les syndiqués des entrepôts Provigo/Loblaws de la grande région de Montréal ont accepté de faire des concessions sur la rémunération, l'organisation et les horaires du travail pour sauver leurs emplois menacés d'être délocalisés vers l'Ontario.
«C'est du cas par cas, mais oui, il faut s'ajuster, a expliqué Martin Grégoire, président de la section locale 2182 des TCA. On compétitionne contre des travailleurs chinois qui gagnent 1$/heure. Personne n'est à l'abri de la délocalisation et il faut que nos gens travaillent.»
Le chef syndical estime que le dialogue avec les employeurs doit dorénavant prévaloir sur la confrontation, mais à certaines conditions. «Les employeurs doivent accepter d'ouvrir leurs livres comptables afin que les négociateurs syndicaux puissent prendre connaissance des coûts et des pertes», a-t-il dit.
Quand le portrait de la situation est sur la table, les syndicats maintiennent rarement des exigences irréalistes.
«On est assez mature, assez intelligent pour travailler avec les employeurs. Mais il est normal que lorsque les affaires redémarrent, on ait aussi notre part», a souligné Alain Lampron, président de la Fédération de l'industrie manufacturière, associée à la CSN.
Les employeurs en position de force
Pour Lucie Morissette, professeure à HEC Montréal, la tendance, si elle semble s'accentuer, n'est pas récente. «Dans les secteurs concurrentiels, depuis les années 1990, on a vu d'importantes vagues de concessions syndicales, surtout aux États-Unis. Inévitablement, cela déteint au Canada», a précisé la spécialiste des relations industrielles.
Maintenant, les employeurs réclament plus que des concessions salariales et d'organisation du travail. Ils s'attaquent aux régimes de retraite et aux avantages sociaux des travailleurs.
«Les employeurs semblent être en position de force, a mentionné Michel Grant, professeur associé en relations de travail à l'UQAM. Ils en veulent plus et dans le contexte actuel, ils exigent de plus grandes concessions.»
Une polarisation des positions
Au fil des années, Lucie Morissette a observé que les employeurs sont tout aussi actifs pour analyser les forces et les faiblesses de leur vis-à-vis. «On observe une polarisation des positions, a-t-elle dit. Autant il y en a qui sont prêts au dialogue, autant il y en a d'autres qui veulent imposer leurs vues, sinon ils décrètent un lock-out.»
Une observation que partage Alain Lampron. «On voit nettement depuis 2009-2010 que les employeurs ont changé d'attitude», a affirmé le porte-parole de la CSN.
Des conséquences à moyen terme
Si les employeurs peuvent compter sur les concessions syndicales pour améliorer leur position financière, ils doivent aussi prévoir les risques qui y sont associés. «Un travailleur qui accepte des conditions diminuées est souvent plus morose, moins motivé au travail et il sera moins stable. Ça peut avoir des conséquences importantes, comme on l'a vu avec le conflit chez Olymel», a ajouté l'universitaire.