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Ghardaïa la mythique oasis algérienne

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Paul Simier @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

GHARDAÏA, Algérie – Dans les méandres de la rivière M’zab se dressent cinq cités fortifiées, toutes accrochées à des collines sur les flancs desquelles se dressent d’anciennes tours de guet et des minarets à la forme pyramidale. Ghardaïa, la mythique, voisine avec Beni Isguen, El Atteuf, Mellila et Bounoura.

Le désert, dans ces parages, revêt, à l’infini, la forme de plateaux de pierres nues chauffées par le soleil. En contrebas, l’oued M’zab se trouve complètement asséché en dehors de la saison pluvieuse, découvrant les nombreux ouvrages servant à canaliser les eaux de crue vers la palmeraie.

Des portes, ouvrages massifs aménagés dans la muraille, que jadis on fermait à la nuit tombée, délimitent toujours chacune des cités. En prenant un peu de recul sur la falaise surplombant le M’zab, on décou­vre une mosaïque de demeu­res en forme de petits cubes dont le camaïeu d’ocre n’est ponctué, de-ci de-là, que par quelques teintes de bleu.

VILLAGES REFUGES

El Atteuf, la plus ancienne des cinq cités mzabites, a 1 000 ans. Chassés de leur contrée pour leur croyance musulmane rigoriste, les Berbères qui se sont réfugiés jadis dans cet espace isolé se sont construit leur milieu de vie.

À l’abri des murailles, les maisons sont agglutinées, tout juste séparées par un dédale d’escaliers et de ruelles à peine assez larges pour laisser passer un âne bâté. Les tours de guet sont toujours debout.

En creusant des milliers de puits, parfois très profonds, ils sont arrivés à domestiquer le désert. C’est par centaines de milliers que se comptent maintenant les palmiers dattiers.

Espace d’ombre et de fraîcheur, la palmeraie abrite aussi à mi-hauteur d’autres arbres fruitiers comme les figuiers, les orangers, les citron­niers, les grenadiers, et, au ras du sol, des légumes ainsi que des cultures fourragères pour nourrir les ânes.

Un ingénieux et très ancien système de répartition des eaux pluviales permet, en cas de crue, de répartir équitablement le précieux liquide vers l’ensemble des jardins. Les ruelles qui sillonnent la palmeraie deviennent alors de véritables canaux.

Jadis, toute la population était concentrée dans l’une ou l’autre des cinq cités, que l’on ne quittait que pour aller travailler à son jardin dans la palmeraie. Puis, on se mit à construire à même le jardin un pavillon que la famille occu­pait une partie de l’année pour échapper à la chaleur écrasante. À présent, ces anciennes résidences de la saison chaude sont devenues de véritables maisons, la démographie créant le besoin.

Les visiteurs qui font étape à Ghardaïa peuvent, tout à leur aise, profiter de l’atmosphère de ces demeures anciennes. Plusieurs d’entre elles ont en effet été converties en maisons d’hôtes offrant le gîte et le couvert, à l’ombre des palmiers dattiers. D’autres, également adaptées aux besoins des voyageurs, se louent à la semaine.

DES RÈGLES DE CONDUITE

La beauté des lieux, tout autant que la notoriété de Ghardaïa, attire les voyageurs dans la vallée du M’zab. Son inscription au répertoire du Patrimoine mondial est tout à fait fondée tant les villages eux-mêmes et la palmeraie recèlent de témoignages d’ordre pratique de la capacité de l’humain à survivre dans un milieu ingrat.

Des stages d’architecture sont ainsi organisés à Ghardaïa pour les étudiants ou les experts dans ce domaine. C’est d’ailleurs dans le village d’El Atteuf que Le Corbusier s’est inspiré de la mosquée Sidi Brahim pour ses plans de la chapelle de Ronchamps, en France.

Héritiers d’un islam rigoriste, les habitants du M’zab tiennent aux traditions de leur société bien soudée. Par exemple, les mariages sont célébrés de façon groupée, cinq ou six à la fois, ou parfois des dizaines en même temps. De cette façon, les mieux nantis assument les frais de la cérémonie.

Ici on accepte volontiers les visiteurs. Mais mieux vaut entrer dans leur monde sur la pointe des pieds, c’est-à-dire en respectant leur mode de vie. Ainsi, à El Atteuf, la plus ancienne des cinq

cités, le visiteur est prévenu, dès la porte, qu’il lui faut être accompagné d’un guide. Ce dernier indiquera au gré de la balade dans la ville les gestes qu’il vaut mieux ne pas poser. Comme photographier les femmes, par exemple. Celles-ci ne sortent qu’entièrement vêtues de blanc, leur immense voile ne laissant apparaître qu’un œil.

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