Lorsque j’ai rencontré Lucien Bouchard, l’autre jour, il m’a dit que l’État, selon lui, ne devrait jamais céder à la rue.
« Je ne trouve pas que la rue est un instrument démocratique, m’a-t-il lancé. Ce n’est pas une façon convenable de provoquer des décisions de l’État, car c’est seulement ceux qui marchent qui obtiennent ce qu’ils veulent. Ceux qui ne marchent pas n’auront rien… »
LE BEAU CADEAU
L’ex-premier ministre a dû faire un triple salto arrière en regardant la télé, cette semaine.
Non seulement Pauline Marois a-t-elle cédé à la rue et annulé — par simple décret —, la hausse des frais de scolarité (alors que la majorité des Québécois appuyaient cette hausse), mais elle a maintenu la bonification du régime de prêts et bourses qui l’accompagnait !
C’est comme si je disais à mes enfants : « Si vous lavez la vaisselle, je vous donne dix dollars », pour deux heures plus tard, leur lancer : « Ah, finalement, pas besoin de laver la vaisselle, tenez, v’là votre dix ! »
C’est ce qu’on appelle avoir le beurre, l’argent du beurre, le couteau à beurre, l’assiette à beurre, la ferme, la vache et le p’tit banc en bois qui sert à la traire.
Sans oublier l’écrémeuse, la centrifugeuse, la baratte, la machine à pasteuriser, le sel et le malaxeur.
L’ARBITRE
Cette semaine, j’ai reçu Léo Bureau-Blouin à l’émission que j’anime à LCN. Je lui ai demandé si, en agissant de la sorte, la première ministre ne disait pas aux citoyens que la seule façon d’obtenir ce que l’on veut au Québec est de descendre dans la rue, de faire du grabuge et de défier la loi.
« Il est bon de manifester son désaccord quand les gouvernements refusent de nous écouter », a lancé le député péquiste.
Conseillez-vous donc aux étudiants qui revendiquent la gratuité de faire la même chose et de descendre par milliers dans les rues jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause, alors ?
« Non, ça ne serait pas responsable, m’a-t-il répondu. Le gouvernement est un arbitre et ne doit pas donner tout ce que les gens demandent… »
Vous avez bien lu : « Le gouvernement est un arbitre et ne doit pas donner tout ce que les gens demandent » !!!
C’est EXACTEMENT ce que m’avait dit Lucien Bouchard : « Un élu, c’est un arbitre. Et quand t’es arbitre, tu ne vas prendre un café avec les joueurs entre les périodes… »
RETOURNER SA VESTE
Si j’ai bien compris le député de Laval-des-Rapides, il est HORS DE QUESTION que le gouvernement péquiste réponde aux demandes des étudiants si ceux-ci exigent la gratuité, dussent-ils être des milliers à le faire, car le rôle de l’État n’est pas de céder à la rue.
Ben coudon.
Léo Bureau-Blouin devrait s’acheter l’album des meilleurs succès de Jacques Dutronc. Il y trouverait la chanson L’opportuniste :
« Il y en a qui contestent / Qui revendiquent et qui protestent / Moi, je ne fais qu'un seul geste / Je retourne ma veste / Toujours du bon côté
« Je crie vive la révolution / Je crie vive les institutions / Je crie vive les manifestations / Je crie vive la collaboration… »