Prisé par les lesbiennes

Héloïse Archambault @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Heloise géniteur jour 2

Après avoir eu recours au traitement in vitro pour leur premier enfant, un couple de lesbiennes s’est tourné vers Internet pour choisir le géniteur de leur deuxième.

« On a des amies qui avaient fait ça, et elles nous avaient dit que c’était ­sécuritaire, explique ­Catherine (nom fictif). On a beaucoup aimé ça. C’est plus humain. »

Avec sa conjointe ­Geneviève, le couple a deux garçons qui ont été conçus de manière totalement différente. Après avoir déboursé près de 5  000 $ en traitements de fécondation in vitro pour leur aîné, elles se sont tournées vers Internet pour le second.

D’ailleurs, l’histoire de cette famille est loin d’être singulière. Selon les géniteurs rencontrés par le Journal, les couples de lesbiennes constituent environ la moitié de leur clientèle.

Grâce à une annonce mise en ligne sur un ­forum, le couple est entré en contact avec un homme dans la vingtaine qui réside à Québec.

Le plus loin possible

« On voulait prendre quelqu’un qui habitait le plus loin possible, pour éviter les contacts, raconte Catherine. Il nous avait envoyé une photo. Il semblait sérieux et faire ça pour les bonnes raisons. »

Comme tous les géniteurs, l’homme ne demandait aucune rémunération pour les dons et ne voulait pas avoir de contacts avec l’enfant. Le couple a toutefois payé ses frais de déplacement lorsqu’il ­venait à Montréal. Heureusement, Catherine est tombée enceinte après seulement deux dons.

« On a bien aimé parce qu’on avait plus l’impression d’être impliquées dans le processus. À la clinique, ils te montrent le sperme au microscope, par exemple », se rappelle-t-elle.

Plusieurs géniteurs rencontrés par le Journal disent entendre souvent ce commentaire. Malgré la gratuité du programme de procréation assistée au Québec, plusieurs préfèrent donc se tourner vers Internet.

Pas vraiment gratuit

« C’est compliqué (le programme provincial) et c’est long. Et ce n’est pas gratuit. Ce n’est pas vrai. Il y a des affaires gratuites, mais ils t’expliquent des affaires pis toutes sortes de patentes. Et là, ça te coûte 1 000 $, 2 000 $ », a souligné un des donneurs lors d’une rencontre.

Or, ce dernier croit aussi que le fait de connaître le géniteur est intéressant dans l’éventualité où l’enfant souhaiterait le rencontrer.

« Parce que l’enfant, ça se peut que ça le torture à l’adolescence », a-t-il ajouté.

De leur côté, Geneviève et Catherine n’ont eu aucun contact avec le géniteur de l’enfant depuis sa naissance. Il a appris que l’enfant était né par un intermédiaire, sans plus.

D’ailleurs, elles ne savent pas encore si elles diront un jour à l’enfant qui est son père biologique.

« On n’est pas rendues là. Chaque situation est différente, hésite-t-elle. Mais, on a la chance d’y penser. Notre autre garçon ne pourra jamais contacter son père géniteur. »

 

Poussée par l’horloge biologique

Refusant d’avoir recours au programme de procréation assistée, une célibataire a préféré faire affaire avec un inconnu rencontré sur Internet.

Il y a environ trois ans, elle a décidé d’avoir un enfant seule grâce à un donneur de sperme.

« Je n’avais pas trouvé l’homme parfait. Je voyais l’horloge, et je suis partie dans l’aventure seule, raconte la mère de 38 ans rencontrée dans le cadre de notre enquête, alors que l’on se faisait passer pour une femme intéressée à obtenir les services d’un géniteur. J’ai mis une annonce sur Internet : “ Femme seule cherche donneur, aucun contact avec l’enfant, ni avec moi. ”

Pas un cas unique

« Je n’aimais pas le côté médical des cliniques, raconte-t-elle. Ils nous mettent en garde comme quoi ce n’est pas stérile de prendre un donneur. Mais, ce n’est pas stérile non plus quand tu fais l’amour. »

Elle a d’ailleurs expérimenté tous les types de dons : chez elle et chez le donneur, voire utilisé le service au volant.

« Tu passes. Il est dehors. Tu prends le don et tu vas te garer un peu plus loin, explique la femme qui est tombée enceinte après neuf mois d’essais. Mais, le mieux, c’est chez toi. T’es dans ton environnement. T’as pas les bruits extérieurs. »

Il saura la vérité

Elle n’a d’ailleurs pas caché à ses proches le fait qu’elle a eu recours à un géniteur.

Elle compte aussi raconter à son fils comment il a été conçu.

« C’est clair. Il va avoir la vérité. J’ai tout écrit sur l’ordinateur, dit-elle. Le donneur n’est pas fermé à l’idée de le rencontrer plus tard. Est-ce que c’est bien que tous les enfants se rencontrent ? Je ne sais pas… Mais il y a la curiosité d’aller voir à quoi ressemblent les autres. »

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