Le cardiologue Dominique Ouimet de l'Hôpital régional de Saint-Jérôme est porté disparu à la suite d'une avalanche qui a fait au moins neuf morts dimanche sur le mont Manaslu, au Népal.
L'avalanche s'est produite vers 5h du matin, heure locale, sur la voie normale de l'ascension du Manaslu, un mont de 8163 mètres d'altitude, le huitième plus haut sommet dans le monde. Des recherches ont été entreprises durant les heures qui ont suivi, mais ont dû être interrompues au cours de la nuit. Elles devaient reprendre lundi matin, soit dimanche soir, heure de Montréal.
Jointe par téléphone par l'Agence QMI, la sœur du cardiologue, Isabelle Ouimet, a indiqué qu'elle était en contact avec le ministère des Affaires étrangères et que plusieurs équipes de secouristes devaient prendre part aux recherches.
«Je veux garder espoir, a-t-elle déclaré. Mon frère est fait fort et il a un moral d'acier. Il est peut-être dans une mauvaise posture, mais toujours vivant», a-t-elle avancé, d'un ton confiant.
Mme Ouimet, qui se disait sur le «pilote automatique» depuis les récents événements, a échangé plusieurs courriels avec son frère depuis le début de son périple.
«J'espère toujours monter jusqu'au sommet, mais la météo sera un facteur déterminant», a-t-il écrit à sa sœur dans son plus récent message, reçu mardi.
Tard dimanche soir, l'Agence QMI s'est entrenue avec un responsable des opérations de sauvetage sur le terrain, Yog Raj Kandel, directeur général pour la région chez Simrik Air.>
Celui-ci a indiqué que les recherches avaient repris vers 6h lundi matin - soit 20h dimanche soir, heure de Montréal - et qu'elles ne pourraient pas être poursuivies en après-midi en raison du brouillard et de la fatigue des secouristes.
«Une vingtaine de personnes participent aux recherches et nous en attendons d'autres», a-t-il indiqué, ajoutant que des hélicoptères et des maîtres-chiens ont aussi été dépêchés sur place. M. Raj Kandel a aussi expliqué que les émetteurs GPS dans certaines pièces d'équipement des alpinistes portés disparus pouvaient aussi aider aux recherches, mais qu'aucun de ces derniers n'avait encore été repéré trois heures après la reprise des recherches lundi matin.
Un passionné
Il s'agissait de la neuvième expédition en haute montagne pour Dominique Ouimet depuis 2004. Il a, entre autres, au cours de ses expéditions, atteint le sommet du Kilimandjaro, en Afrique. Le cardiologue avait décidé de se servir de son présent périple pour amasser un montant de 25 000 $ pour son hôpital, plus spécifiquement pour l'achat d'équipements médicaux en cardiologie.
La Fondation de l'Hôpital régional de Saint-Jérôme, qui était en contact avec le Dr Ouimet depuis le début de son périple, a mentionné qu'elle n'arrivait pas à communiquer avec lui et qu'elle était sans nouvelle depuis quelques jours.
Selon le blogue de l'expédition, expes.com, l'équipe franco-canado-suisse dont faisait partie M. Ouimet est composée de 15 autres alpinistes, de deux guides européens, ainsi que de six sherpas.
Un témoin raconte
«D'après nos informations reçues depuis le camp de base, cette avalanche s'est déclenchée vers 7400 m et a emporté une partie du camp 3 situé à 6800 m», a indiqué par voie de communiqué le Syndicat national des guides de montage de France (SNGM), basé à Chamonix.
Un journaliste du site internet EpicTV, a rapporté le témoignage de Glen Plake, un alpiniste qui se trouvait sur le Manaslu au moment de l'avalanche.
«Il était 4h45 et j'étais dans mon sac de couchage en train de lire lorsque nous avons entendu un rugissement [...] soudainement, ça nous a frappés». M. Plake raconte qu'il a été entraîné sur environ 300 mètres. Il a ensuite entrepris des recherches et a retrouvé plusieurs de ses effets personnels.
Cependant, aucune trace de Greg Costa, l'un des membres de son équipe avec qui il partageait sa tente.
Lourd bilan
Selon le SNGM, l'avalanche aurait fait sept victimes françaises, dont trois guides de Chamonix et quatre de leurs clients. Un Allemand, un Italien et un sherpa népalais auraient également perdu la vie. Deux blessés, de nationalité française, ont été transportés par hélicoptère.
« Ce drame touche durement notre profession, c'est le bilan le plus lourd enregistré depuis l'accident d'avalanche du Kang Guru en 2005, au Népal », a commenté le SNGM.
Un journal de Revelstoke, en Colombie-Britannique, a affirmé qu'un Canadien, Greg Hill, se trouvait aussi sur le Manaslu lors de l'avalanche. Ce dernier aurait annoncé sur sa page Facebook que son équipe et lui étaient sain et sauf.
Le mont Manaslu est très fréquenté à cette période-ci de l'année. Il y aurait environ 200 Occidentaux et 130 sherpas en expédition cet automne, toujours selon le syndicat des guides français.
Un alpiniste de la région secoué
Laurent Homier, alpiniste aguerri de Sainte-Lucie-des-Laurentides qui a effectué exactement le même trajet que le Dr Ouimet à l'automne 2011 et qui a atteint le sommet, est très touché par cette nouvelle.
M. Homier connaissait personnellement les deux guides français de cette expédition; ils l'avaient accompagné l'an dernier.
Selon lui, cette montagne était réputée «pour s'être calmée ces dernières années». «C'était, semble-t-il, moins périlleux d'y accéder», a-t-il commenté au cours d'une entrevue. N'empêche, il y a toujours des avalanches de plus ou moins grandes envergures, ajoute-t-il.
«À chaque fois qu'il y a une grosse bordée de neige, c'est mieux de redescendre, mais ce n'est pas toujours possible de le faire, surtout en pleine tempête, a-t-il indiqué. Avant de s'embarquer dans l'aventure, on connait les dangers de faire un tel défi, mais je ne suis pas certain qu'on en est toujours très conscients, sinon, on ne le ferait peut-être jamais», a-t-il ajouté.
À l'automne 2011, Homier était devenu le premier Québécois à avoir atteint le sommet du Manaslu.