L'entrepreneur Lino Zambito affirme qu'à partir de 2005, 3% du montant des contrats qu'il décrochait était remis directement au parti politique du maire de Montréal Gérald Tremblay.
Ce montant, payé en argent comptant, était d'abord versé à l'entrepreneur Nicola Milioto, président de Mivela construction, qui servait d'intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs.
« Monsieur Milioto, à qui je le donnais, m'avait fait part que ça allait au parti politique du maire Tremblay », a raconté Lino Zambito lundi matin, devant la commission Charbonneau.
Selon lui, ce 3% s'ajoute à la ristourne de 2,5% versée à la mafia montréalaise, chargée d’entretenir un système dans lequel seulement une dizaine de gros joueurs peuvent obtenir les contrats
Stratagème généralisé
Un tel stratagème était généralisé à tous les entrepreneurs, selon Zambito.
« Il y a des règles qui sont établies.Comme entrepreneur, vous avez toujours le choix de les suivre ou d'aller travailler ailleurs », a-t-il affirmé.
Union Montréal, la formation politique du maire, est au pouvoir depuis 2001 à Montréal.
Monsieur 3%
Des rumeurs à l'effet que le parti du maire touchait un pourcentage des contrats ont déjà circulé par le passé. Bernard Trépanier, l'ancien directeur du financement du parti Union Montréal, avait déjà été affublé du surnom « Monsieur 3% ».
Lors d'un point de presse laconique en fin d'avant-midi, le maire n'a voulu faire aucun commentaire sur ces allégations et a expliqué qu'il attendrait les recommandations de la Commission.
« En ce qui concerne le financement de notre parti politique, le Directeur général des élections a vérifié chaque année et n'a pas porté plainte de quelque nature que ce soit », a-t-il remarqué.
Les deux partis d'opposition, Vision Montréal et Projet Montréal, ont tous deux demandé la démission immédiate du maire suite à ces révélations.
Fonctionnaires corrompus
Lundi, Lino Zambito a aussi décrit des stratagèmes de corruptions impliquant des fonctionnaires municipaux.
Il a nommé un ingénieur de la Ville aujourd'hui retraité, Gilles Surprenant. Surnommé TPS (Taxe Pour Surprenant), cet homme prélevait semble-t-il un montant additionnel de 1% sur les contrats.
En retour, il gonflait artificiellement le prix estimé des contrats afin de permettre aux entrepreneurs de faire davantage de profits, selon Zambito.
Cette taxe aditionnelle porte à 6,5 % le montant des redevances illégales versées par les entrepreneurs, selon Zambito.
L'ex-entrepreneur, aujourd'hui restaurateur, a affirmé qu'il avait versé entre 100 000 et 200 000 $ comptant à Gilles Surprenant, au fil des ans, pour bénéficier de sa complicité.
Il a aussi affirmé l'avoir invité à jouer au golf « 2 à trois fois par année », en plus de lui avoir offert gracieusement un voyage de golf d'une semaine au Mexique.
Il a aussi déclaré qu'un autre entrepreneur de la Ville, Luc Leclerc, participait à ce fameux voyage au début des années 2000. M. Leclerc est décrit comme un de ceux qui entretenait le système de collusion auprès des entreprises.
Plus de détails à venir.
Selon Zambito
Fonctionnaires corrompus
Robert Marcil
Directeur du service de
la réalisation des travaux
Il a démissionné peu de temps après avoir voyagé en Italie avec l’entrepreneur Joseph Borselino. Lino Zambito l’a invité à un tournoi de golf, toutes dépenses payées, mais il n’était pas disponible.
« Il était peut-être en Italie avec Monsieur Borselino », a dit Zambito avec le sourire.
Luc Leclerc
Ingénieur, surveillant
de chantier
À l’emploi de la Ville de Montréal du 8 avril 1972 au 19 janvier 2010.
Il était complice dans le stratagème des faux extras, selon Zambito, qui dit lui avoir versé « plus de 200 000 $ » au fil des années, en guise de commission.
Gilles Surprenant
Ingénieur
À l’emploi de la Ville de Montréal du 27 septembre 1976 au 10 novembre 2009.
Il aurait volontairement gonflé les évaluations de coût des travaux, pour permettre aux entrepreneurs de s’en mettre plein les poches.
Zambito lui aurait versé « entre 100 000 et 200 000 $ », au total.
Yves Themens
Ingénieur
« Responsable d’aller chercher des budgets », il faisait le lien avec le Comité exécutif.
« C’est lui par lequel je réussissais à avoir la liste des soumissionnaires (aux appels d’offres) même si la liste était confidentielle », a avoué Zambito.
« Je l’ai amené jouer au golf à quelques reprises, mais je ne l’ai jamais rémunéré », a-t-il ajouté.
Michel Paquette
Ingénieur, surveillant
de chantier
« De mémoire, j’ai fait quelques petits projets avec lui. Il faisait ce qu’il avait à faire pour que quand il y avait des extras bidon, ça fonctionne », a précisé Zambito.
François Thériault
Ingénieur, surveillant
de chantier
Encore un présumé complice du stratagème de collusion : « À son niveau, il était capable d’autoriser certains extras. Il gardait le journal des opérations. C’était facile de s’organiser avec lui. C’était un montant de 15 % qui était chargé par ce fonctionnaire-là sur les faux extras », selon Lino Zambito.