Les audiences publiques de la commission Charbonneau prennent une pause d’une dizaine de jours, et reprendront le 15 octobre avec la poursuite du témoignage de l’ex-entrepreneur Lino Zambito.
Le public devra donc patienter avant d’en entendre davantage, car les règles de la Commission prévoient que les audiences n’aient lieu que trois semaines sur quatre.
Hier, toute la journée a été frappée d’une ordonnance de non-publication sur le témoignage de Zambito. Les médias ne peuvent donc pas en rapporter le contenu, sous peine d’accusations d’outrage au tribunal.
Depuis son arrivée à la barre des témoins, la semaine dernière, l’ancien propriétaire de Construction Infrabec, lui-même accusé de fraude dans le dossier de l’usine d’épuration des eaux de Boisbriand, y était allé d’une multitude de révélations explosives qui ont éclaboussé des élus et des fonctionnaires de la ville de Montréal.
Il a d’abord affirmé qu’un cartel d’une dizaine d’entreprises se partageait tour à tour tous les contrats d’égouts dans la région de Montréal, jusqu’à la fin 2009.
Pour entretenir le système de collusion, ces firmes versaient à la mafia montréalaise une commission représentant 2,5 % de leur chiffre d’affaires.
3 % au maire ?
Zambito y est ensuite allé d’une allégation qui a eu l’effet d’une véritable bombe à l’hôtel de ville de Montréal. Il a affirmé qu’à partir de 2005, une autre commission de 3 % était versée directement dans les coffres d’Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay.
Le maire a nié et expliqué qu’il ne ferait aucun commentaire avant la fin des travaux de la Commission. Tout de même, sa démission a été réclamée par les deux partis d’opposition, et, plus tard, par une majorité de Montréalais (près du deux tiers) dans le cadre d’un sondage Léger Marketing effectué pour le compte du Journal de Montréal.
Selon Lino Zambito, la corruption était présente à tous les niveaux de l’appareil municipal. Ainsi, un fonctionnaire, Gilles Surprenant, aurait pris une commission de 1 % sur tous les contrats. En retour, il gonflait artificiellement la valeur des évaluations des projets à la Ville. Un autre, Luc Leclerc, aurait touché 25 % des «faux extras» réclamés par les entrepreneurs.
Lino Zambito a aussi éclaboussé l’ancien directeur général Robert Abdallah ainsi que l’ancien président du Comité exécutif Frank Zampino, les accusant de collusion. Les deux hommes ont tout nié.
Le témoin a finalement laissé entendre que pour la suite de son témoignage, il serait question de collusion au ministère des Transports (MTQ) ainsi que dans des municipalités de banlieue.