Elle a souffert le martyre, lui a eu peur d’y rester. Un couple de Belœil qui aurait été frappé de plein fouet par une infection à l’E. coli lance un appel à la vigilance : de grâce, évitez toute viande qui risque d’être contaminée.
«Ça a été l’enfer», résume Mélissa Brulé. Elle et son conjoint Dominic Allaire ont contracté l’E. coli 0157 il y a deux semaines, raconte-t-elle.
Il pourrait bien s’agir des deux premiers cas recensés au Québec par la Santé publique du Canada dans son enquête sur la viande contaminée. Ce que n’ont pu confirmer au Journal les autorités sanitaires pour des raisons de confidentialité des dossiers médicaux.
Mme Brulé a développé les symptômes en premier : des crampes dignes d’un accouchement, d’intenses diarrhées, de la fièvre. Inquiète, elle consulte.
Entre sa visite à la clinique, son passage aux urgences et les tests effectués sur ses selles, ses symptômes se tassent.
Elle reçoit les résultats de ses examens quelques jours plus tard. Ils sont sans équivoque. C’est une infection à l’E. coli qui l’a frappée et laissée grandement affaiblie.
Puis, c’est au tour de M. Allaire d’être happé par les symptômes de l’E. coli. Dans son cas, l’infection est fulgurante. Brutale même.
«J’ai jamais vu mon chum avoir mal de même. Il avait l’impression que ça lui broyait l’intérieur», relate Mme Brulé.
L’état de M. Allaire se dégrade si vite que le couple n’a eu d’autre choix que d’appeler l’ambulance.
Une fois à l’hôpital Honoré-Mercier de Sainte-Hyacinthe, «il avait trois à quatre diarrhées par heure. Il n’y avait même plus rien. Juste du sang. Il avait besoin de morphine aux deux heures pour supporter la douleur», raconte péniblement la mère de famille.
Intestins endommagés
Quelques jours après son hospitalisation vient la confirmation attendue. Il est lui aussi atteint d’une infection à l’E. coli, lui apprennent les médecins. «Ils s’en doutaient puisque moi je l’avais eu aussi», souligne Mme Brulé.
«Il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre que Dominic élimine naturellement la bactérie et de l’hydrater à fond la caisse pendant ce temps-là».
Mais voilà que le ventre de M. Allaire se met à gonfler dangereusement.
«Ses intestins étaient paralysés. La bactérie a causé un immense traumatisme aux intestins. Il avait beaucoup de difficulté à respirer et sa vessie était bloquée à cause de la pression exercée», explique Mme Brulé. Il va jusqu’à vomir du sang.
Les médecins songent à l’opérer pour lui retirer son gros intestin qui est dangereusement mal en point, poursuit Mme Brulé.
«Ils nous ont dit que si son état ne s’améliorait pas, ils n’auraient pas le choix.»
Entre temps, on lui installe un tube gastrique pour tenter de limiter les dégâts.
Malgré sa vive inquiétude, M. Brulé essaie tant bien que mal d’encourager M. Allaire à continuer de se battre.
«Par moment, il ne pensait pas passer au travers», confit-elle.
Son combat aura duré ainsi cinq jours. Puis, il prend du mieux au grand soulagement de sa conjointe. Les médecins avisent le couple que M. Allaire est tiré d’affaire. Il échappe ainsi de justesse à l’opération.
«La boule d’inquiétude dans mon estomac est partie», partage Mme Brulé. N’empêche, l’épreuve «va avoir changé mon conjoint, ça c’est sûr».
Vider le frigo
Les larmes lui montent aux yeux rapidement lorsqu’elle évoque ses enfants, deux garçons de 18 mois et trois ans.
«Une chance qu’ils ne l’ont pas eu. Regardez ce que ça a fait à mon conjoint qui a 34 ans qui est en forme. Imaginez pour eux!»
«Il faut vider son frigo», prévient-elle. «Ça ne vaut pas la peine de passer à travers tout ça pour garder 30 $ de viande. Jetez-là», exhorte-t-elle.