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Claudine Sauvé la couleur dans l’œil de Podz

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Caméra sur l’épaule, Claudine Sauvé suit de gauche à droite une chicane dans une ruelle entre Fred et Valérie. Nous sommes sur le plateau de tournage de Tu m’aimes-tu? comédie douce-amère sur l’amour que signe Podz. Rencontre avec cette femme toujours au cœur de l’action qui applique la couleur aux œuvres du célèbre réalisateur.

Caméra sur l’épaule, Claudine Sauvé suit de gauche à droite une chicane dans une ruelle entre Fred et Valérie. Nous sommes sur le plateau de tournage de Tu m’aimes-tu? comédie douce-amère sur l’amour que signe Podz. Rencontre avec cette femme toujours au cœur de l’action qui applique la couleur aux œuvres du célèbre réalisateur.

C’est d’abord sur le plateau de Minuit le soir, sa première expérience télé, que Claudine Sauvé a fait la connaissance de Podz.

Remplaçant au pied levé, au milieu de la seconde saison, Jérôme Sabourin qui avait démarré la série, elle débarquait sur le plateau avec la direction photo de nombreux courts-métrages ainsi que de quelques films dont Crème glacée, chocolat et autres consolations et Premier juillet le film, ainsi qu’avec une solide expérience de photographe.

Ce sont ses deux passions qu’elle combine grâce à la comédie dramatique Tu m’aimes-tu? diffusée actuellement à Radio-Canada. Fred, personnage principal interprété par Sébastien Huberdeau, est photographe. Il était donc normal, quoiqu’audacieux, d’ajouter des images figées à la pellicule.

Les images de son passé se trouvent non seulement sur ses murs, mais aussi dans ses souvenirs, ce qui procure un rythme et un esthétisme atypique à la série tout en y amplifiant l’émotion et en y ajoutant une valeur poétique.

«Podz ose beaucoup, constate la directrice photo. Ça me stimule beaucoup. Il pousse la création plus loin. En amenant le côté photo à l’écran dans Tu m’aimes-tu? par exemple, il amène un côté poétique, imaginaire, plus expérimental. Ce ne sont pas que de simples photos, elles portent une valeur dramatique, expriment un moment.»

On reconnaît la touche de Claudine Sauvé derrière les photos de Fred. Son esthétique léchée, parfois vaporeuse, ses lumières et ses couleurs franches caractérisent ses clichés croqués sur le vif. «Je suis la photographe derrière Fred. C’est normal que mon travail de photographe se reflète aussi dans mes images à la télé ou au cinéma.»

Éclairer le vide

Chaque projet qu’elle entreprend avec Podz est développé à partir d’une musique qu’il lui met dans les oreilles question d’imaginer l’ambiance. C’est la piste de départ. «Au début, on fait avec Podz des recherches d’atmosphère, explique Claudine Sauvé. On fait des tests de looks avec les chefs des départements CCM (costumes, maquillages, coiffures) et la direction artistique. On va en étalonnage (réglage des teintes et densités lorsque les scènes sont mises bout à bout au montage) immédiatement. On ajuste les contrastes. On est donc tous sur la même longueur d’onde dès le début du tournage.»

«Le défi est que l’image ne surpasse pas le récit. Il faut savoir bien doser au niveau du look. La plupart des gens ne le remarqueront pas, mais tous vont le ressentir.» Nous traversons l’appartement de Fred. Tout est d’un blanc immaculé. «Pour Tu m’aimes-tu?, je mise sur la lumière. Il y a du blanc partout. Chez Fred et Mélanie, les appartements sont très épurés. Moi, je viens «pitcher» des taches de lumière partout.

Sur Mélanie (Magalie Lépine-Blondeau), il y a toujours un gros flair.» Probablement à cause de sa candeur, son aura, malgré toutes ses bibittes! Même chose pour Valérie (Bianca Gervais), personnage fantasmé par un Fred en peine d’amour. «C’est une série sur l’espoir. C’est lumineux. Podz m’a déjà dit : C’est la première fois que je vois quelqu’un qui éclaire bien le vide. C’est un beau compliment. Pour Tu m’aimes-tu?, un aspect plus sombre l’aurait rendu plus dramatique.» Ce qui se dégage des bleus de 19-2.

«Pour 19-2, c’est différent, poursuit-elle. J’ai fait de la patrouille une nuit et je crois que ça a teinté la série. En plus, Podz m’avait fait entendre une musique de guitare minimaliste. On ne voit jamais ce qu’on a l’habitude de voir dans ses séries. Tout est abordé différemment. C’est la même chose pour la mise en scène de Podz tout en contrastes.»

Longs plans

Autre caractéristique des œuvres de Podz, les longs plans-séquences (longue scène tournée sans arrêt et sans montage avec une seule caméra) dans lesquelles évoluent aisément ses personnages. Souvenez-vous du magnifique plan de 4 minutes dans les corridors du poste de police de 19-2 ou du moment où Fred rédigeait sa lettre à Valérie dans le second épisode de Tu m’aimes-tu? Un 360 degrés, autre spécificité des séries de Podz, émouvant et efficace. Bref, des scènes magnifiques qui demandent une grande préparation.

«Oui, on peut dire que c’est comme une chorégraphie. C’est aussi une gymnastique mentale parce qu’il y a tout un côté technique à maîtriser et une émotion à percevoir.» Il est d’autant plus admirable qu’étonnant de savoir que cette caméra, seule du plateau, si stable dans ces longs déplacements, est portée par un petit bout de femme.

Dans la ruelle ce jour-là, Fred et Valérie se lançaient des sacs à poubelle en s’engueulant de bord et d’autre de la directrice photo. «On peut dire aussi que je deviens un personnage. Je suis complètement dans l’action. Je ne pense qu’à ça. La caméra? Je ne la sens plus.»

«Je fais de la caméra émotive, ajoute-t-elle. Je deviens «crinquée» comme les personnages. Je sors de mon corps. Sur 19-2, il m’est arrivé de pleurer pendant des scènes avec Claude Legault.»

Il faut dire que Claudine Sauvé a de la pratique. «C’est un travail très physique qui demande aussi beaucoup de timing. J’ai fait beaucoup de documentaires. J’ai travaillé dans des conditions pas toujours évidentes. On peut dire que ça m’a aidé.»

Oser des cadrages différents

Après la ruelle, c’est dans le parc que la prochaine scène se tournait. Assis à une table de pique-nique, Fred discute avec Catherine (Virginie Morin) jusqu’à ce qu’il hallucine Valérie. Une scène qu’il faut tourner rapidement puisque le ciel se couvre tranquillement et que le parc se remplit peu à peu de passants. «Quand la lumière tombe et qu’on n’a pas fini une scène, c’est toujours difficile à camoufler, même à l’étalonnage. Dans ces cas-là. Je dois faire des suggestions au réalisateur. Les extérieurs entraînent souvent un défi supplémentaire.»

Assise sur sa boîte de bois, Claudine écoute les directives que le réalisateur livre aux comédiens. La scène sera reprise plusieurs fois sous différents angles, autre défi de ne travailler qu’à une caméra. Chaque fois, son assistant, Thierry Leblanc, l’aidera à repositionner la caméra. «Travailler à l’épaule, c’est rock and roll. C’est important d’être bien entourée, d’avoir un bon pointeur (personne qui calcule la distance entre l’action et l’objectif afin de faire les bonnes mises au point).»

La scène sera jouée d’abord de loin. Puis, Claudine se rapprochera peu à peu des comédiens. Le directeur photo est souvent dans leur bulle afin de bien saisir l’émotion. «Podz est un excellent metteur en scène et il a une grande compréhension de la technique et du côté plus artistique. Avec lui, j’ose des cadrages différents. Je peux me permettre sur Tu m’aimes-tu?, des taches de soleil dans l’objectif. Ça fait très photographie.» Il n’est donc pas inhabituel de voir des gros plans savamment désaxés ou des plans larges très épurés. «J’aime les plans très larges, leur côté graphique est intéressant.»

Assises sur cette même table à pique-nique c’est une directrice photo souriante, hyper ouverte, sympathique et enthousiaste que je rencontre alors qu’on annonce la pause. Ses épopées sur les différents plateaux sont passionnantes. Son amour de l’image et de la lumière palpable. Une belle découverte que la productrice de la série, Diane England, qualifie d’avenir de notre télévision.

Notre échange permet de faire la lumière sur les images qui défilent devant nos yeux au petit écran et qui contribuent au succès et à la qualité d’une série. Des détails que vous verrez peut-être, ou ressentirez sûrement en regardant Tu m’aimes-tu? ou 19-2 la prochaine fois.


Tu m’aimes-tu? les mercredis 21 h 30 à Radio-Canada.

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