Weekend | Cinéma

Mars et Avril

Robert Lepage de retour au cinéma

Maxime Demers

Maxime Demers @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

mars

Courtoisie

Mars et Avril

 

Entre les spectacles qu’il met en scène à New York, Londres, Montréal ou Québec, Robert Lepage trouve parfois le temps de renouer avec le métier d’acteur, quand un projet l’allume. C’est ce qui est arrivé avec Mars et Avril, premier film du jeune cinéaste Martin Villeneuve.

Dans Mars et Avril, œuvre poétique aux accents de science-fiction, le célèbre dramaturge se glisse dans la peau d’un savant illuminé à la tête d’hologramme. Il s’agit de son premier rôle au grand écran depuis La belle empoisonneuse et Dans les villes, en 2006.

Campé dans un Montréal futuriste, Mars et Avril raconte l’histoire d’un musicien septuagénaire (Jacques Languirand) qui découvre l’amour pour la première fois dans les bras de la jeune et belle Avril (Caroline Dhavernas). Le film est adapté de deux photos-romans que Martin Villeneuve a publiés en 2002 et 2006.

Robert Lepage, qui avait prêté ses traits à un personnage dans le second livre, n’a pas hésité à donner son appui au projet du jeune artiste en acceptant de jouer aussi dans le film.

«J’avais confiance que Martin (Villeneuve) pourrait faire quelque chose d’intéressant avec cette histoire au cinéma, explique Robert Lepage, joint plus tôt cette semaine à New York, où il travaille à la mise en scène de La Tempête au Metropolitan Opera.

«Quand on avait collaboré ensemble sur son deuxième photo-roman, je pensais que le premier avait été fait avec beaucoup de moyens. Mais j’ai été surpris de voir que c’était le contraire. J’ai vu qu’il était capable de faire quelque chose de gros avec peu de moyens. Ce n’est pas juste un gars qui a une grande imagination, c’est un rassembleur.»

Robert Lepage a tourné ses scènes dans Mars et Avril seul, sur un fond vert, qui allait ensuite être animé d’un décor futuriste, grâce à la magie des effets spéciaux.

Pour reproduire l’hologramme placé à la place de sa tête, Martin Villeneuve a dû tourner le visage de Robert Lepage sous tous les angles possibles.

«C’était assez spécial, admet Robert Lepage. J’étais en studio, j’avais un t-shirt vert et des murs verts autour de moi. Je parlais à un mur vert. C’était très particulier. Traumatisant, même, d’une certaine façon!»

« Il y avait des caméras tout le tour de moi. Je suis devenu comme un jouet! Quand on est metteur en scène ou réalisateur, c’est plutôt rafraîchissant d’être à la merci de quelqu’un d’autre. J’ai fait confiance à Martin les yeux fermés.»

Audace et science-fiction

Comme cinéaste, Robert Lepage avait déjà effleuré la science-fiction il y a quelques années avec La face cachée de la lune, son 5e long métrage, qui a remporté plusieurs prix dans les festivals.

«Personnellement, je m’intéresse plus à la science qu’à la science-fiction, observe le réalisateur de Nô et Le Confessionnal.

«Je suis de près tout ce qui se passe dans l’espace ou sur les autres planètes. Car je crois que ce qu’on cherche désespérément sur Mars, par exemple, ce sont des réponses sur ce qui pourrait se passer ou s’être passé sur la Terre. On s’interroge sur les possibilités de vie sur d’autres planètes pour en savoir plus sur nous et sur la Terre.

«J’ai donc trouvé qu’il avait beaucoup d’audace dans le projet de Martin Villeneuve. J’aimais bien l’idée qu’il s’interroge sur ce qu’aurait l’air le Montréal du futur, même si c’est fait de façon plus poétique que scientifique.

«Je trouve qu’au Québec, on a une culture qui est très axée sur le passé. C’est correct et je m’inclus aussi là-dedans. On est toujours très bons pour raconter des histoires qui se sont déroulées dans le passé et pour célébrer nos héros du passé. Il y a peu d’artistes qui ont le courage de se projeter dans le futur et c’est ce que proposait Martin. Il a osé le faire.»

En plus de jouer dans Mars et Avril, Robert Lepage a aussi supporté le film à titre de producteur, quand Martin Villeneuve a eu du mal à trouver du financement pour la postproduction.

«Avec notre compagnie de production de films (Productions du 8e art), on a décidé de l’aider pour qu’il puisse terminer son film. Cela lui a donné des ailes pour la suite. Puis, comme le projet sentait bon, il y a d’autres partenaires qui se sont joints. Et voilà, quelques années plus tard, le film est enfin prêt.»

Le réputé metteur en scène n’a pas encore vu le résultat final, mais il se promet de faire un saut au Québec prochainement pour aller voir le film en salle.

«En ce moment, je suis pris en otage à New York, conclut-il en riant.»

Bientôt un nouveau film...

 

Vous travaillez depuis deux ans sur Michelle Marie Thomas, une adaptation cinématographique de votre pièce Lypsinch, que vous coréalisez avec Pedro Pires et qui marquera votre retour au cinéma, dix ans après La face cachée de la lune. Que pouvez-vous nous dire sur le sujet?

 «C’est un prolongement de Lypsinch. Le show durait neuf heures et racontait neuf histoires de personnes différentes. Pour faire un essai, on a pris trois histoires et on en a fait trois courts métrages. On est en train en ce moment de les souder pour en faire un long métrage. C’est une grosse affaire, mais je n’ai pas l’impression d’avoir travaillé énormément là-dessus. Pedro (Pires) et moi nous sommes amusés à tourner cela d’une façon que personne ne tourne. Ça ressemble plus à un hobby pour moi. Et ça ressemble beaucoup plus au cinéma qu’on a envie de faire, avec nos règles à nous et notre façon de faire. Comme je fais au théâtre.»

Vous aviez renoncé au cinéma il y a quelques années. Pourquoi avoir accepté d’y revenir?

«Quand j’ai abandonné l’idée de faire du cinéma, il ne semblait pas y avoir assez d’argent au Québec et au Canada pour faire ce que j’avais envie de faire. Comme il n’y avait pas assez de fonds pour tous les projets présentés, les subventions allaient aux films qui font vendre des billets. Je me suis dit : «ok, j’ai d’autres choses à faire, je vais aller explorer un autre art.»

«À un moment donné, ma sœur, qui est productrice (aux Productions du 8e art), est revenue à la charge en me disant que c’était dommage parce que le cinéma me permettait d’explorer un autre aspect mon travail, que c’était une continuation de ce que je fais au théâtre. Elle m’a donc demandé d’énumérer les conditions qui feraient que j’accepterais de faire un autre film. Ensemble, on a donc trouvé une façon de faire qui me plaît.»

Et quelles sont ces conditions gagnantes pour vous?

«En gros, on se donne le temps de faire le film. Faire un film sur deux ans, c’est idéal pour moi. On a aussi éliminé les personnes qu’on ne voulait pas voir sur notre plateau de tournage comme les assureurs ou les garants de bonne fin. Là, il n’y en a pas de garant de bonne fin. Je préfère travailler ainsi que de suivre les règles des autres. Il y a pas mal de «Ti Joe connaissant» dans ce milieu-là qui veulent te montrer comment faire un film.

«C’est un beau luxe dans le sens que je n’aurais pas pu faire cela à 20 ans. Il faut se tromper quelques fois avant de pouvoir faire cela. C’est frustrant parce que La face cachée de la lune a gagné beaucoup de prix dans les festivals. Et après, c’est comme si on n’avait rien fait. L’année d’après, t’es à genoux pour quêter des sous pour faire ton film suivant. J’ai préféré cette fois-ci faire mes affaires de mon bord.»

Quand pourra-t-on voir Michelle Marie Thomas sur nos écrans? 

«Il y a une stratégie pour la mise en marché dont je ne peux pas parler. Mais là aussi, on prend notre temps. On ne court pas après les festivals. Ce sont les festivals qui nous courent après nous. On a renversé la vapeur.»

Et qu’en est-il du métier d’acteur? On vous a vu récemment dans la saison 3 des Invincibles et maintenant dans le film Mars et Avril qui vient de prendre l’affiche?

«Je fais de rares caméos, pas parce que je suis hyper sélectif, mais plutôt parce que je n’ai pas le temps. Je passe six mois à l’étranger. C’est donc difficile pour moi d’avoir des projets avec d’autres personnes. Mais j’accepte parfois des rôles que m’offrent des gens dont j’admire le talent et qui ont une influence sur ce que je fais. Comme récemment la gang des Invincibles ou Catherine Martin, avec qui j’avais tourné le film Dans les villes il y a quelques années. Le problème, c’est toujours de trouver le temps. Mais remarquez que c’est un beau problème d’être trop occupé...»

Robert Lepage au musée

photo d’archives

Robert Lepage

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