«Une taxe de 100 $, ça fait une grosse différence quand tu gagnes 20 000 $. Pour moi, c’est deux semaines d’épicerie», lance Frédéric Houde au lendemain de l’annonce du recul du PQ.
Rencontré hier après-midi dans son petit logement du quartier Rosemont, à Montréal, Frédéric ne veut pas qu’on le présente comme un plaignard sans le sou. Il a sa fierté. Et c’est un batailleur.
Mais hier, le travailleur communautaire de 38 ans était un peu découragé quand il a appris que Nicolas Marceau retournait de bord sa nouvelle veste de ministre des Finances après seulement quelques semaines au pouvoir.
Promesse non tenue
La taxe santé que le gouvernement de Pauline Marois avait promis d’abolir durant la campagne électorale, Frédéric va continuer d’y goûter. Et le goût est plutôt amer pour ce petit salarié. Avec des revenus légèrement supérieurs à 20 000 $, c’est 100 $ qu’il devra assumer dans son prochain rapport d’impôt.
«Rajoute-moi quelque chose, même un petit montant comme 100 $, et il n’y a plus rien qui marche dans mes finances personnelles. Je n’ai aucune marge de manœuvre. Moi, 100 $ c’est deux semaines d’épicerie. Je coupe où?»
Dans toutes les contributions exigées par le gouvernement, c’est celle de Frédéric qui est la plus importante.
«Cette taxe représente 0,5 % de ses revenus, calcule Elisabeth Gibeau, analyste fiscale à l’Union des consommateurs.
Déjà que les problèmes économiques de Frédéric Houde l’empêchent, selon lui, de voir son gars de 10 ans aussi souvent qu’il le voudrait.
«Je n’ai pas de jeux vidéo, pas de câble et souvent juste pas le strict nécessaire pour lui. Alors il est mieux avec sa mère.»
Quelle classe moyenne ?
Hier, il n’a pas aimé lire que le nouveau ministre des Finances estimait avoir quand même déchargé un poids sur les épaules de la classe moyenne, soit ceux gagnant moins de 42 000 $.
«J’aurais bien sûr souhaité en faire davantage pour soulager les familles de la classe moyenne», a assuré Nicolas Marceau quand il a annoncé la mauvaise nouvelle.
«C’est quoi au juste la classe moyenne ? demande Frédéric Houde. En venant me taxer, est-ce qu’il me définit comme la classe moyenne avec des revenus de 20 000 $ ?»
Mais surtout, il ne comprend pas la logique dans la mesure du gouvernement.
«Il ne s’agit pas d’argent que je n’investirai pas à la Bourse, c’est de l’argent que je ne dépenserai pas dans les commerces. Le gouvernement a des programmes pour stimuler l’économie, mais là il m’empêche de dépenser.»
Frédéric Houde râle, mais quelques minutes plus tard, il lance d’un ton monocorde : «Dans le fond, on finit un peu par devenir résigné à force de payer pour tout.»
Le plus loin, vraiment?
«C’est le plus loin que nous avons pu aller à l’intérieur des contraintes auxquelles nous étions confrontées», a également souligné le ministre des Finances avant-hier.
Frédéric Houde lui donne en partie raison.
«Ils ont l’air vraiment cons les péquistes aujourd’hui, mais il s’agit tout de même d’un gouvernement minoritaire qui doit tenir compte des deux partis de droite qui sont dans l’opposition.»
«C’est un très mauvais compromis, persiste quant à elle Elisabeth Gibeau. Tout ce que cette taxe va faire sera de compliquer les choses. Ça n’arrange rien. La classe moyenne n’est pas du tout épargnée.»
Est-ce que ceux qui ont voté PQ auraient mis leur «X» à un autre endroit s’ils avaient su que leur parti renierait sa promesse d’abolir la taxe santé? Frédéric Houde croit que non.
«Pour plusieurs, cette taxe est plus symbolique et ne change pas grand-chose à leur vie. Il y a des enjeux beaucoup plus importants que ça.»