Vous avez entendu la dernière idée brillante à émaner d’Ottawa ? Le gouvernement Harper a l’intention de rebaptiser le Musée des Civilisations à Gatineau qui deviendra … le Musée de l’histoire canadienne.
Selon ce qu’a appris Daniel Leblanc du Globe and Mail, le musée changera aussi de vocation et on y présentera «moins d’anthropologie et plus d’histoire». Et on donnera une plus grande place à des moments marquants de notre histoire comme la guerre de 1812 ou le jubilé de la reine Élizabeth II.
Il y a un mot pour ça en anglais : «Booooooooring!»
MANQUE D’OUVERTURE
Au lieu d’un musée qui nous ouvrait sur d’autres civilisations, on va se complaire dans notre propre histoire, militaire et monarchiste en plus! Autrement dit, moins d’ouverture sur le monde et plus de nombrilisme patriotique. Moins d’expos sur les secrets des Mayas et plus d’expos sur le 150e anniversaire de la conférence de Charlottetown.
Au lieu d’un musée qui représentait une formidable fenêtre sur le vaste monde, on va se retrouver avec un espace aux fenêtres closes pour se remémorer nos grandes batailles et la dame avec des drôles de chapeaux qui salue de la main en souriant.
Un coup parti, on pourrait tout simplement le rebaptiser « Musée de la Nation» (parce que Musée de la propagande, ça risque de faire peur aux visiteurs).
Le Musée des Civilisations à Gatineau, c’est l’«institution culturelle la plus importante et la plus populaire du Canada», selon ce qu’on peut lire sur son site Internet. Mais sera-il aussi «populaire» si au lieu d’une expo sur les mystères de l’Égypte on y présente une fascinante rétrospective de l’évolution des costumes de la gendarmerie royale à travers les âges?
LE ROULEAU COMPRESSEUR
La députée néodémocrate de Gatineau Françoise Boivin a eu parfaitement raison quand elle a déclaré à la radio NRJ : «C’est pas juste un changement de nom, c’est un changement de mission, axée sur leur idéologie, glorifier les gestes guerriers et la royauté».
En effet, depuis quelques mois, le gouvernement Harper est monté sur un Bulldozer Historique qui écrase sur son passage tout ce qui n’est pas «royal» ou «militaire». Il est en train de transformer le Canada en un vaste parc d’attractions qui pourrait s’appeler Harperland, où le nationalisme canadien est à l’honneur.
À Harperland, la Promenade des Outaouais porte le nom du premier ministre conservateur John A. Macdonald.
À Harperland, les tableaux d’Alfred Pellan sont remplacés par un portrait de la reine.
À Harperland, le gouvernement, fasciné par la guerre de 1812, dépense 30 millions pour souligner le bicentenaire du conflit (dont la majorité des Canadiens n’ont rien à cirer) et songe même à édifier une statue le commémorant sur la colline parlementaire, à côté de celle de Wilfrid Laurier !
À Harperland, un bâtiment du Vieux-Montréal a été rebaptisé pour commémorer un vétéran de la guerre de 1812.
Que le gouvernement Harper soit fier de l’histoire de son pays, c’est une chose. Mais faut-il que ce soit uniquement l’histoire militaire et monarchique du pays qui soit mise de l’avant?
Surtout quand on sait que la guerre et la reine, au Québec, on s’en moque comme de notre première ceinture fléchée.