Mardi matin, on apprenait que la Ligue nationale de hockey (LNH) avait retenu les services d’un stratège du Parti républicain afin de redorer son image auprès des amateurs dans le lock-out l’opposant à ses joueurs. À l’heure du midi, on nous informait que la LNH avait déposé une première offre sérieuse à l’Association des joueurs. Simple coïncidence? Sûrement pas!
Reste qu’on parle de sport et non de haute politique. Le lock-out qui sévit dans la LNH n’est pas une question de vie ou de mort.
Certains diront que les médias ne font rien pour arranger les choses, mais, quand on parle d’autres sujets, ces mêmes personnes ne paraissent pas plus intéressées par les bonnes histoires qu’on peut leur raconter.
À quand la limite?
Les penseurs de la LNH savent que les amateurs vont revenir dans les sept villes canadiennes où ils sont implantés et dans les bons marchés américains. Ils vous tiennent pour acquis.
À moins que le nombre de gens n’ayant plus les moyens de s’offrir des billets augmente de façon significative.
À ce propos, avez-vous vu les milliers de sièges vides au Yankee Stadium lors du deuxième match de la série de championnat de la Ligue américaine, dimanche?
Il semble que les payeurs n’en peuvent plus. L’échelle des prix varie entre 45 $ et 515 $ dans les sections régulières. À 45 $, on doit être assis sur le quai de la ligne numéro 4 du métro, qui passe derrière le mur du champ centre.
Dans les sections VIP, il faut débourser entre 860 $ et 1 715 $!
Riches, les New-Yorkais?
Il y a toujours des limites!
Hier soir, Barbra Streisand s’est produite devant de nombreux sièges vides au Centre Bell.
Les promoteurs sportifs et du show-business et leurs acteurs ne semblent pas voir que notre capacité de payer diminue.
Même chose pour nos politiciens québécois, qui nous demandent continuellement de nous serrer la ceinture au lieu de réduire les dépenses de l’État.
Le vent a tourné
N’empêche que Gary Bettman, qui faisait figure de méchant depuis le début des négociations, a obtenu la réaction recherchée en déposant son offre surprise.
En disant que les propriétaires consentaient à partager leurs revenus reliés au hockey à parts égales avec ses joueurs, vous étiez pratiquement unanimes à dire que l’offre était équitable.
Le vent a changé de bord.
La volte-face de la LNH est imputable, en partie, à une discussion de groupe que le fameux stratège en question, Frank Luntz, a tenue avec une trentaine d’amateurs la semaine dernière. Car on peut penser aussi que la pression commence à se faire accablante sur Bettman.
Il doit se trouver des propriétaires et des commanditaires qui ne la trouvent plus drôle du tout.
La force des mots
On dit de ce M. Luntz qu’il n’a pas son pareil pour jouer avec les mots et faire changer l’opinion des gens.
Lorsqu’une compagnie fait appel au service de son entreprise, il lui débite le slogan suivant : «Ce n’est pas ce que vous dites qui compte, c’est ce qu’ils entendent.»
Si on parle maintenant de changements climatiques au lieu de réchauffement de la planète, c’est à cause de cet homme.
Luntz est ce qu’on appelle dans son domaine un spin doctor.
Ces personnes ont la capacité d’influencer l’opinion publique ou de reléguer à l’arrière-plan des histoires merdiques impliquant de hauts personnages.
Des hommes d’influence
Il y a une quinzaine d’années, Hollywood a réalisé une comédie sur le sujet avec le film Wag the Dog (Des hommes d’influence, en version française).
Dans ce film, la conseillère particulière du président des États-Unis demande l’aide d’un spin doctor, interprété par Robert De Niro, lorsque le plus haut dirigeant du pays est accusé d’agression sexuelle sur une majorette.
Le docteur miracle se tourne vers un riche producteur de films, sous les traits de Dustin Hoffman. Il invente une guerre en Albanie afin de détourner l’attention des électeurs à l’approche des présidentielles.
Le plus drôle, c’est que, moins d’un mois après la sortie du film, le scandale sexuel impliquant le président Bill Clinton et une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky, éclatait.
Que s’est-il passé?
Alors que le président était menacé de destitution, les États-Unis ont procédé à des opérations militaires en Iraq, au Soudan et en Afghanistan.
Visionnaires, ces scénaristes et réalisateurs de films…
Le monde d’aujourd’hui
Tout ça semble loin du hockey, mais pas tant que ça.
Dans un monde où l’information circule à la vitesse de l’éclair, il faut réagir vite et bien.
La politique, le monde des affaires, le sport et le showbiz font appel à des relationnistes et à des spécialistes pour livrer leur message et préserver leur image.
Lors de l’avant-dernier lock-out, les joueurs de la LNH étaient perçus comme les fautifs et des enfants gâtés.
Au début du présent conflit, les joueurs jouissaient d’un meilleur appui parce que Bettman disait à qui voulait l’entendre que le système économique qu’il avait réussi à imposer aux joueurs il y a sept ans n’était plus profitable pour les propriétaires.
C’est ici que Luntz est intervenu.
Voici ce que disait son micromessage dans les heures précédant le dépôt de l’offre faite par Bettman mardi : «Il s’agit d’essayer de comprendre exactement ce que les partisans pensent et veulent.»
C’est simple.
Les mordus veulent du hockey et Bettman vient de leur donner espoir en faisant miroiter la possibilité que la saison commence le 2 novembre.
Qui va recevoir le pot, si les négos retombent dans une impasse aujourd’hui?