L'ex-entrepreneur Lino Zambito dit avoir payé de sa poche à plusieurs reprises pour envoyer des fonctionnaires corrompus de la ville de Montréal en voyage au Mexique.
Hier, lors de la dernière journée de son témoignage devant la commission Charbonneau, il a expliqué qu'il avait offert non pas un seul, mais bien « deux ou trois » voyages au Mexique aux ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant.
On savait déjà qu'ils s'y étaient rendus en 2002, en compagnie de Zambito lui-même, pour jouer au golf et de prélasser au luxueux hôtel Club Marival, dans lequel Giuseppe, le père de Lino, avait des parts.
Chaque fois qu'il voulait graisser la patte des deux fonctionnaires, Zambito utilisait semble-t-il les services d'une agence de voyages qui appartenait à son oncle Jean Rizzuto, aussi propriétaire du Marché 440, à Laval.
«C'est moi qui m’occupais de réserver les chambres», a-t-il précisé, en ajoutant qu'un troisième ingénieur de la Ville, Yves Themens, était «possiblement» allé au Mexique toutes dépenses payées, lui aussi.
Rappelons que Zambito a décrit Gilles Surprenant comme l'ingénieur qui amassait une commission de 1% en échange d'une surévaluation du prix des contrats municipaux. Luc Leclerc, quant à lui, aurait touché une commission de 25 % sur les «faux extras» qu'il permettait aux entrepreneurs d'empocher, tandis que Yves Themens aurait fourni la liste des preneurs des cahiers de charges des appels d'offres.
La Ville se défend
Hier, c'est le contre-interrogatoire de Lino Zambito qui avait lieu. La ville de Montréal, fortement éclaboussée par son témoignage, a tenté par la voix de son avocat de remettre en question la crédibilité des propos de l'ex-entrepreneur.
Me Martin St-Jean, qui représente la Ville, a affirmé que Lino Zambito avait « entaché des réputations » en nommant des fonctionnaires de la ville de Montréal présumément impliqués dans des affaires de corruption.
Il a aussi qualifié son témoignage de « contradictoire ».
« Dans une commission d'enquête, il faut commencer à un endroit, et la preuve va s'enchevêtrer au fur et à mesure », est intervenue la présidente France Charbonneau, pour calmer le jeu.
Rien vu
Règle générale, le témoin est apparu en contrôle devant ce contre-interrogatoire serré.
Il a par contre dû reconnaître qu'il n'avait jamais assisté en personne à des versements d'argent destinés à l'ex-président du Comité exécutif, Frank Zampino, ou à l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah.
Ces stratagèmes, a-t-il raconté, lui étaient expliqués par des firmes de génie qui servaient d'intermédiaires et avaient obtenu sa collaboration.
Abdallah tiendra d'ailleurs un point de presse, ce matin, pour «réfuter point par point» les allégations de Zambito.
600 $ au PQ
Plus tard, devant les questions de l'avocate du Parti québécois (PQ), il a été démontré que Zambito avait donné seulement 600 $ au PQ entre 1997 et 2003, alors que la formation était au pouvoir.
Finalement, Me Michel Décarie, qui représente le Parti libéral du Québec, a renoncé à contre-interroger le témoin. La formation politique avait pourtant été durement touchée par certaines allégations de Zambito, concernant notamment la vice-première ministre Nathalie Normandeau, l'organisateur Pierre Bibeau et un proche du ministre David Whissell.
• Ce matin, des avocats qui représentent certains groupes médiatiques vont présenter une demande pour faire lever l'interdit de publication sur une partie du témoignage de Lino Zambito.
• Ensuite, la Commission entendra «un ingénieur», dont le nom ne sera dévoilé qu'une fois le témoin à l'intérieur de la bâtisse, pour des raisons de sécurité.