Pauline Marois revient de son premier voyage diplomatique en France. Son objectif : rebâtir une relation privilégiée avec le seul pays majeur dans le monde qui est sympathique à la cause québécoise. C’est un succès.
Mais il fallait s’y attendre : le voyage a été critiqué dans les milieux qui pratiquent l’«antipéquisme» primaire. Ceux-là détestent tellement le PQ qu’ils lui reprocheraient de trouver le remède contre le cancer. Ils y verraient une ruse séparatiste pour garder les boomers en vie pour le référendum.
J’entendais cette critique : les taxes sont trop élevées, le décrochage scolaire est calamiteux, les fillettes sont hypersexualisées, l’essence coûte cher ; pourquoi Pauline sort-elle ainsi du pays plutôt que de s’occuper des «vrais problèmes»?
J’étais soufflé. J’ai répondu : tous les pays ont des problèmes (et ne renoncent pas à leur indépendance pour autant). Mais le président américain, le premier ministre canadien ou le chancelier allemand s’interdisent-ils pour autant les voyages diplomatiques pour représenter leur pays?
Il faut vraiment avoir une vision étroitement provinciale du Québec pour penser ainsi. Il faut s’imaginer le Québec comme un petit village n’ayant rien à dire au monde. Être une vraie nation, avec une diplomatie, des alliés, une politique étrangère, c’est trop cher pour eux.
PETITS ET EMMURÉS
Ils nous aiment petits, emmurés dans une province canadienne. Ils nous demandent de regarder vers Moose Jaw quand nous voulons voir le monde. Ils ne croient pas seulement le fédéralisme préférable – ce qui est un choix légitime – ils vomissent le rêve de l’indépendance.
J’insiste. Ce ne sont pas tous les fédéralistes. Robert Bourassa était fédéraliste. Mais il a cherché à augmenter les pouvoirs du Québec. Jean Charest est un fédéraliste. Pourtant, il a bien servi le Québec à l’étranger. C’est même là qu’il se découvrait un peu de stature.
J’ai mis au point une théorie sur un travers culturel québécois, le «ticounisme». Le ticounisme consiste à se moquer de tout appel à la grandeur et à se complaire dans tout ce qui est petit. Le «ticounisme» consiste à aimer tirer vers le bas tout ce qui est québécois.
Le ticounisme masque bien mal une certaine haine de soi, une passion morbide de l’autodénigrement. Le français serait une langue de BS. Le Québec serait trop petit et serait misérable sans la manne canadienne.
Le «ticoune» ne cesse de répéter le mot «économie». Non pas parce qu’il y comprend quelque chose, mais parce qu’il a l’impression, en le disant, d’être supérieurement sérieux. D’un coup, il se distingue des «pelleteux de nuages» qui s’intéressent aussi à l’identité, à la culture.
TROP LOURD FARDEAU
Mais je sors de cette théorie pour revenir à l’essentiel. Il y a des gens pour qui le Québec n’est pas une vraie nation. Pour eux, l’identité québécoise est un trop lourd fardeau. Mieux vaudrait s’en délivrer pour enfin devenir des Américains comme tout le monde.
Si je suis indépendantiste, c’est parce que je crois profondément au Québec. Je crois que nous sommes un peuple comme les autres, capable de bons coups et d’erreurs, du meilleur comme du pire, mais surtout capable de grandeur.
Si je suis indépendantiste, c’est que j’espère qu’un jour, avec un pays, plus personne n’aura honte d’être Québécois.