Au moins 8 % des bêtes sont tuées de façon rituelle au Québec alors que les musulmans ne représentent que 2,5 % de la population
Les Québécois qui ne veulent pas consommer la viande d’un animal égorgé sans avoir d’abord été insensibilisé devront s’y faire. Pour l’instant, ils mangent bien souvent halal sans le savoir.
L’abattage rituel, pratiqué par les communautés musulmanes et juives, consiste à saigner un animal à froid, sans l’avoir d’abord insensibilisé.
Dans le monde occidental, la règle veut plutôt qu’on étourdisse d’abord le bœuf, le veau, l’agneau ou la volaille, soit par une décharge électrique, soit à l’aide d’un pistolet.
Dans le milieu scientifique, la chose est entendue : une insensibilisation bien faite diminue la douleur animale.
Bien accommodant
C’est ce qui semble le plus préoccuper plusieurs non-musulmans, qui ne veulent pas manger la viande d’un animal ayant souffert plus que nécessaire. Or, l’abattage rituel est une dérogation pour contenter les communautés juives et musulmanes.
Selon les données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), on déroge d’ailleurs plus que moins. Environ 8 % des animaux des abattoirs sous sa juridiction seraient égorgés sans avoir été insensibilisés.
C’est trois fois plus que nécessaire, les Québécois musulmans représentant 2,5 % de la population, soit environ 200 000 musulmans sur 8 millions d’habitants.
Encore plus?
André Forget
Directeur de l’Abattoir Jacques Forget
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Pourquoi en abattre autant? «Parce que c’est bien plus facile de n’utiliser qu’une seule méthode dans l’abattoir. On n’a pas à séparer ce qui est halal de ce qui ne l’est pas», répond André Forget, directeur de l’Abattoir Jacques Forget, à Terrebonne.
À cet endroit, tout le bœuf et l’agneau sont égorgés sans avoir été insensibilisé.
«Environ 70 % de notre production est vendue pour la communauté musulmane. Le reste va dans le réseau des supermarchés, sans étiquetage spécifique», dit M. Forget.
En mars dernier, une autre visite du Journal, cette fois-ci à l’abattoir Nutri-Cailles de Sainte-Hélène-de-Bagot, a permis de constater que l’ensemble des 12 000 volailles y était égorgé de façon rituelle par un musulman.
Changements en vue?
«Ce type d’abattage ne correspond pas, selon moi, aux valeurs du Québec», de déplorer alors le député péquiste et vétérinaire André Simard.
S’il a été battu aux dernières élections, son parti, lui, est maintenant aux commandes de la province. Et M. Simard occupe maintenant un poste de conseiller politique pour le nouveau ministre du MAPAQ, François Gendron.
Musulmans ouverts
Des musulmans sont déjà prêts à faire des compromis. Khadiyatoulah Fall est l’un d’eux. Ce musulman et titulaire de la Chaire d’enseignement et de recherche interethniques et interculturels à l’Université du Québec à Chicoutimi est l’un des plus ferrés au Québec sur la question de l’halal. Et il est réceptif à un assouplissement des pratiques.
«Les jeunes musulmans sont particulièrement sensibles à la souffrance animale, dit-il. Et ils sont ouverts à l’idée de cesser l’abattage rituel si ça peut sauver l’identité musulmane.»
La question sera bientôt abordée à fond. Le professeur Fall organise un colloque international intitulé «Le halal dans tous ses états», qui se tiendra à Montréal les 24 et 25 octobre prochains.