Opinions | Chroniqueurs

L’argent est-il si sale?

L’argent n’est pas le problème. Ce sont les interdits qui créent la tricherie

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Benoît Aubin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

À la suite des horreurs qu’on apprend à la commission Charbonneau, on voit les partis politiques rivaliser de promesses pour réduire le plafond des contributions aux caisses électorales. Mais s’ils faisaient fausse route ?

Voyant l’image et la réputation de leur parti ternies par les allégations de financement illégal, en argent comptant, faites par Lino Zambito, les candidats à la chefferie libérale font de la surenchère au rayon du small is beautiful, chacun se disant favorable à une réduction des contributions permises.

À leur assemblée générale à Laval, en fin de semaine dernière, les libéraux ont choisi de limiter à 600 000 $ les sommes disponibles pour l’ensemble des candidats à la course à la chefferie.

Et ils ont chaudement débattu de la proposition d’autoriser les candidats à dépenser 100 000 $ chacun pour défrayer le transport et l’hébergement de leurs délégués au congrès du 17 mars.

Limiter les dépenses

Hier, le chef de la CAQ, François Legault, a promis de présenter un projet de loi amputant des deux tiers les dépenses permises aux partis en campagne électorale, les limitant à 4 millions $ au lieu de 12 millions $.

Au chapitre du «pauvre, c’est plus propre», personne ne peut battre la promesse du Parti québécois. Le ministre Bernard Drainville promet, lui, de fixer à 100 $ par personne le maximum permis. Dans son plan, le manque à gagner pour les partis, à la suite de ces restrictions draconiennes, serait compensé par des contributions venant du gouvernement.

M. Drainville justifie cette nationalisation du financement des partis politiques en disant qu’il est devenu urgent de sortir l’argent de la politique.

C’est exploiter notre vieux fond culturel catholique de croire ainsi que l’argent est sale et corrompt tout.

Mais ce n’est pas l’argent lui-même qui est à la source des magouilles, de la contrebande de fonds, de stratagèmes de prête-noms et autres patentes équivoques, comme les élections clé en main ou les cocktails de financement à 1 000 $ le couvert.

Créer un marché noir

Ce sont les restrictions, les quotas, les limites — les embuches dressées entre les partis et leur financement — qui ont créé des circonstances propices à la tricherie, à la contrebande d’influence.

Créez un interdit et il en résultera un marché noir.

Appauvrir davantage les partis et imposer des limites plus strictes encore à leurs levées de fonds ne feraient que les rendre plus vulnérables, à terme, aux petits finauds qui leur offriraient du comptant ou de la main-d’œuvre «gratuite».

Mais si on faisait exactement le contraire ? Si on redonnait aux entreprises le droit de financer ouvertement les partis politiques et si on haussait considérablement la limite aux dons individuels ?

À la condition que ces dons soient dûment enregistrés dans des registres publics et que les élus soient tenus à l’écart des activités de financement ?

Avantage : la clarté

Si on cessait de voir l’argent comme un fléau et ceux qui en possèdent comme des malfaiteurs, on créerait probablement des conditions plus propices à l’assainissement des mœurs politiques.

En obligeant les donateurs privés et publics à déclarer leurs dons, on permettrait au public (et à l’opposition) de savoir qui finance qui et à quelle hauteur.

Et il y aurait sans doute moins d’enveloppes brunes bien dodues en circulation...

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