Le Huffington Post Québec nous apprenait lundi qu’on peut passer son permis de conduire au Québec en arabe, en russe et en chinois. Évidemment, il s’agit d’un service destiné aux immigrants. Depuis le début de l’année, ils sont 4 000 à avoir profité de ce service.
Plusieurs ont sursauté. J’en étais. Comment une société qui prétend prendre au sérieux sa langue peut-elle, d’un coup, la considérer comme un outil optionnel quand vient le temps de profiter des services de l’État. Au Québec, le français n’est-il pas la langue officielle, la langue commune?
Puis, j’ai repris mes esprits. Comment être surpris d’une telle mesure? N’est-elle pas une conséquence parmi d’autres de l’idéologie des accommodements raisonnables? De la domination idéologique du multiculturalisme? Faut-il alors se surprendre de cette aberration?
Devoir d’intégration
Je l’ai souvent défini par cette formule : le multiculturalisme repose sur l’inversion du devoir d’intégration. Auparavant, c’était l’immigrant qui devait s’intégrer à sa société d’accueil. Maintenant, c’est la société d’accueil qui doit se transformer pour l’immigrant.
Pourquoi? Parce que la société occidentale, jusqu’à tout récemment, aurait été intolérante. À tout le moins, elle s’en est convaincue. Aujourd’hui, elle pratique la pénitence. Celui qui refuse cette manie sera accusé de fermeture ou de xénophobie. Même de racisme. Nous sommes habitués.
On le voit dans 1 000 domaines. Nous multiplions les menus religieux dans les écoles. Nous chassons la référence à la nation dans les cours d’histoire pour les rendre plus inclusifs. Nous retirons de l’espace public les symboles catholiques pour ne pas offusquer les membres des religions étrangères.
Société molle
Dans notre société si douce qu’elle est devenue molle, nous n’acceptons plus que l’intégration à une société implique des efforts et des sacrifices. Pire : ne pas s’intégrer à la société d’accueil est presque devenu un droit fondamental. Un droit de l’homme, comme on dit.
On sait où ce modèle mène les sociétés qui l’adoptent. À une société fragmentée. C’est le modèle de l’«État-buffet». Chacun y choisit ce qu’il veut. Ses droits. Ses petits privilèges. Mais plus personne n’a à se plier à des règles, à des normes. Sauf au Code de la sécurité routière, je le devine.
À travers cela, le Québec se tire dans le pied. C’est l’État québécois lui-même qui dissuade ainsi les immigrants d’apprendre le français. Car à quoi bon apprendre le français si, même lorsqu’on entre en contact avec l’État québécois, il n’est plus nécessaire?
Comment une société peut-elle se faire respecter si elle ne se respecte pas elle-même? Si l’État québécois ne prend pas au sérieux sa propre philosophie linguistique, comment peut-on s’attendre à ce que les néo-Québécois y adhèrent? Celui qui fait le tapis se fera marcher dessus.
Si l’intégration culturelle est optionnelle quand vient le temps d’entrer en contact avec les institutions québécoises, à quoi sert-elle, exactement? Se peut-il qu’ici, l’ouverture à l’autre devienne le masque du reniement de soi?
Le multiculturalisme est la bêtise idéologique de notre temps. Une bêtise immense. Qui relève d’une logique suicidaire. Et cela, plus encore pour une autre petite nation francophone en Amérique. Les Québécois veulent-ils survivre et s’imposer quand c’est nécessaire? Ou mourir en Calinours? Des fois, je me le demande.