Michaëlle Jean est une amoureuse des mots. Il lui fut vraiment difficile de choisir quelles œuvres elle allait présenter pour la conférence qu’elle a donnée hier soir à la Grande bibliothèque de Montréal. L’ancienne gouverneure générale du Canada dévore des livres avec une passion marquée pour la poésie.
L’émotion était au rendez-vous lors de la conférence puisque les ouvrages choisis par Michaëlle Jean traitaient souvent de politique. Logique pour celle qui agit à titre d’envoyée spéciale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en Haïti . Cette dernière aime que «l’art serve à se définir et à définir sa citoyenneté». De plus, elle refuse de voir le livre comme une possession. Elle explique qu’elle aime offrir ses livres une fois qu’elle les a lus. Ainsi, elle se souvient avoir abandonné un livre de Dany Laferrière sur le banc d’un autobus en Amérique du Sud : « je voulais que le livre voyage comme il m’a fait voyager».
Les coups de cœur de Michaëlle Jean :
Laure Adler, Dans les pas de Hannah Arendt
« Laura Adler est une biographe extraordinaire. C’est un être de réflexion. Avec elle, on a l’impression de redécouvrir l’œuvre d’un artiste de manière unique».
René Depestre, Hadriana dans tous mes rêves
Michaëlle Jean ne pouvait ne pas parler de son oncle, un homme qu’elle admire énormément : «C’est un poète agissant qui se sert de la poésie pour changer le monde».
Jacques Prévert, Fatras
Ce livre est une contradiction pour Michaëlle Jean puisque l’uniforme militaire a longtemps été pour elle un symbole de répression. Toutefois, son rôle de gouverneure générale lui a permis de changer cette vision : «Je voulais comprendre ceux qui décident de le porter».
Annick Thébia-Melsan, Aimé Césaire, le legs
«Césaire parle de la langue française. Celle qui dépossède à cause de la colonisation, mais qu’on fait sienne. C’est formidable de voir cette valve ouverte à l’amélioration de la langue de Molière dans cette optique».
Michel Tremblay, Un ange cornu avec des ailes de tôle
«Je trouve cet ouvrage fondamental. C’est mon livre favori de Michel Tremblay. Dans le roman, on apprend que sa mère est une Cri qui quitte l’ouest pour Montréal. Elle vie ensuite que de nostalgie. Il est intéressant que voir qu’une icône de la province ne soit pas une pure laine. Qui l’est vraiment?».