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«Je voudrais m’excuser»

L’ex-fonctionnaire Surprenant demande aux Montréalais de lui pardonner son vol

Jean-Louis Fortin

Jean-Louis Fortin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

«Je voudrais simplement m’excuser auprès de la population et dire que je regrette sincèrement tout ce que j’ai fait».

Honteux, l’ancien fonctionnaire Gilles Surprenant a tenu à terminer par des excuses son témoignage devant la Commission Charbonneau, hier. Il se dit désolé d’avoir amassé plus de 735 000 $ en pots-de-vin en échange de sa complicité dans un système de collusion touchant les contrats publics à Montréal.

L’homme de 61 ans a passé une sale journée à la barre. Il a été malmené, autant par Me Denis Gallant, procureur de la Commission que par la présidente France Charbonneau et par les avocats qui procédaient à son contre-interrogatoire.

Joueur compulsif

Dans les belles années du cartel de construction dans le domaine des égouts, l’ingénieur touchait plus de 100 000 $ en argent comptant de la part des entrepreneurs libres d’impôts en plus de son salaire annuel d’environ 80 000 $ (voir graphique).

En 2004, il a même amassé la somme faramineuse de 184 500 $ en pots-de-vin, sans compter son salaire payé par les contribuables.

«Ça, on appelle ça du vol. Ça, c’est l’argent des contribuables qui vous a été remis par d’autres entrepreneurs qui ont volé le système», a vilipendé Me Gallant.

«Oui», a simplement répondu le témoin, laissant paraître ses émotions.

«Et ça n’inclut pas les billets de hockey, ça n’inclut pas les voyages, ça n’inclut pas les bouteilles de vin ni les repas», a rajouté la juge Charbonneau.

Gilles Surprenant avait déjà mentionné qu’il avait joué et perdu au casino au moins 250 000 $ de la cagnotte qu’il avait amassé.

Maison à 1 $

C’était sa façon à lui, disait-il, de «remettre une partie de l’argent dans les coffres de l’État». Mais hier, on a appris à quel point l’homme avait pris ses aises au casino de Montréal. Il a avoué qu’il pouvait s’y rendre jusqu’à 5 fois par semaine, et y dépenser jusqu’à 800 $ par séance, dans les machines à sous.

«Vous n’aviez pas de tendinite?» a demandé Me Martin St-Jean, qui représente la Ville, dans un contre-interrogatoire particulièrement agressif.

Pressé de questions par Me Michel Dorval, représentant du parti Union Montréal du maire Gérald Tremblay, le témoin est également revenu sur la vente de sa maison pour 1 $ à sa fille, il y a quelques semaines.

«Est-ce que vous voyez là-dedans une ­façon de ne pas vous la faire saisir et de ne pas remettre de l’argent à la Ville? Est-ce que d’agir comme ça n’est en fraude des droits de vos créanciers?» lui a proposé Me Dorval.

«Non, je n’ai pas pensé à ça. Quand je suis venu ici, on m’a parlé d’immunité complète. (…) J’ai vendu ma maison à ma fille, et ça sera leur héritage», a laissé entendre Surprenant, sur la défensive.

La Ville de Montréal a également tenté d’en apprendre plus sur les allégations de corruption qui concernent certains autres de ses fonctionnaires, comme les ingénieurs Luc Leclerc et Yves Themens.

Surprenant a répété qu’il était certain que ces individus connaissaient l’existence du cartel et ont contribué à l’entretenir. Mais il a dû reconnaître qu’il n’a vu aucun de ses collègues recevoir de l’argent de la part d’un entrepreneur ou d’un membre du crime organisé.


► La Commission Charbonneau reprendra ses audiences publiques lundi prochain à 9 h 30. Le nom du prochain témoin est encore inconnu.

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