Gilles Vaillancourt a pris une sage décision en se retirant de la vie politique pour un temps indéterminé. Gérald Tremblay devrait faire pareil dans les meilleurs délais.
Je n’aime pas dire du mal du maire de Montréal. C’est un homme sympathique et sans prétention. Je suis sûr aussi qu’il ne s’est pas enrichi personnellement de façon illicite. Il a également droit, cela va de soi, à la présomption d’innocence.
Mais cela ne suffit pas pour justifier qu’il reste en poste. Sa légitimité est disparue. Sa crédibilité est en lambeaux. Son autorité morale est maintenant nulle.
Partir
La goutte qui a fait déborder le vase est survenue vendredi. À la question, soulevée par lui-même, portant sur l’existence d’un système de collusion et de corruption dans son administration, il a répondu par un «oui affirmatif» et il a ajouté que cela durait depuis longtemps.
Il y a trois possibilités. Le maire savait et participait : il est alors lourdement coupable. Il ne participait pas, mais savait et n’a pas agi avec diligence : c’est moins grave, mais c’est très grave aussi. Il ne savait rien du tout : il est alors monumentalement incompétent.
Dans tous les cas de figure, il ne peut rester maire. Ma femme m’a fait remarquer au passage qu’elle n’avait jamais entendu parler d’un «oui négatif».
Que le maire n’ait rien su jusqu’à tout récemment, rien vu et rien pu faire, c’est difficilement croyable à la lumière des dernières allégations entendues.
Lino Zambito a raconté qu’un individu lui avait dit qu’un pourcentage du montant des contrats publics allait au crime organisé et un autre pourcentage allait au «comité exécutif», c’est-à-dire à la poignée d’élus qui dirige la ville et qui est directement sous l’autorité du maire.
Gilles Surprenant, lui, a soutenu que ses pratiques et celles de ses proches étaient si connues qu’elles relevaient du secret de Polichinelle.
Auparavant, Benoit Labonté avait dit que, lorsqu’il avait fait état, devant Gérald Tremblay, de son malaise relativement aux modes de financement de leur formation politique, le premier magistrat de la métropole lui aurait répondu, résigné, que les mœurs municipales étaient ainsi faites.
Gérald Tremblay dit avoir hâte de donner sa version. Je ne comprends pas pourquoi il ne l’a pas encore fait. Il est trop tard maintenant.
Colère
Pendant tout le débat sur les PPP, plusieurs personnes semblaient croire que le secteur public était imprégné d’une sorte d’essence morale intrinsèquement supérieure à celle du vil secteur privé. Ils doivent aujourd’hui tomber de haut.
Ce printemps, des milliers de gens ont aussi envahi les rues pour protester contre une hausse raisonnable des droits de scolarité et contre un «néo-libéralisme» qui n’existe pas au Québec. Où sont-ils passés? Ce qu’on apprend ces jours-ci ne justifie-t-il pas davantage une saine colère citoyenne?