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Affaire Pontbriand

Un gourou en cavale dans le désert

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Marcel Pontbriand, cet homme d’affaires véreux qui se fait appeler Jésus, se terre en Arizona. Le Journal a suivi sa piste jusqu’aux confins du désert, où le gourou s’est enfoncé avec ses disciples. Le fraudeur qui a saigné des dizaines de Québécois, le guérisseur qui se prend pour Jésus et le devin qui prétend sauver une quarantaine de disciples de la fin du monde est en cavale depuis trois ans en Arizona. Le Journal a marché sur ses pas.

MARANA, Arizona  |  Marcel Pontbriand, cet homme d’affaires véreux qui se fait appeler Jésus, se terre en Arizona. Le Journal a suivi sa piste jusqu’aux confins du désert, où le gourou s’est enfoncé avec ses disciples.

Le fraudeur qui a saigné des dizaines de Québécois, le guérisseur qui se prend pour Jésus et le devin qui prétend sauver une quarantaine de disciples de la fin du monde est en cavale depuis trois ans en Arizona.

Six carcasses d'autos meurent tranquillement à l'arrière de la grande cour de Marcel Pontbriand. Son humble maison mobile est située à Marana, au bout d'une route perdue au milieu du désert. Campée à moins de 200 km de la frontière mexicaine, la vie à Marana, avec ses cactus et son sable à perte de vue, semble figée dans une scène digne de Lucky Luke.

L’endroit rêvé pour se faire oublier. Pourtant, l’ex-résident de Belœil, sa femme Valérie Martel et leurs deux enfants ont déserté l’endroit en catastrophe, la semaine dernière.

Boîte révélatrice

L’histoire du gourou, guérisseur et fraudeur de 53 ans est revenue dans l’actualité quand Victor Poiré, d’Otterburn Park en Montérégie, a inquiété les autorités en disparaissant soudainement avec ses deux enfants et sa mère. On a su alors qu’il allait rejoindre Pontbriand et son cercle d’adeptes en Arizona.

Sur place à Marana, un trou où tous se connaissent, la plupart des gens consultés ne reconnaissent pas le visage de Pontbriand, bien qu’il demeure là depuis environ deux ans.

Les six autos du dépotoir de tôle qui avoisine la place sont remplies de sacs de voyage, de jouets d’enfants abandonnés et de boîtes de déménagement. Des mentions en français ajoutées sur les cartons trahissent la présence de Québécois. Sur une boîte est écrit à la main: «Michel Soulières».

Michel Soulières est un entrepreneur de Drummondville et le père de Katia. Sa fille est morte d'inquiétude après 15 mois sans avoir eu de nouvelles de lui ni de sa mère Louisette. Le couple est parti rejoindre Pontbriand il y a cinq ans après un voyage qui ne devait durer que quelques semaines.

«Quatre mois après l'avoir rencontré, en 2008, il a vendu sa maison, ses entreprises, investi autour d'un demi-million qu'il n'a jamais revu dans des investissements de Pontbriand. Ça ne l’a même pas empêché de le suivre dans son groupe avec d'autres Québécois. C'est vous dire comment cet homme a une emprise sur eux», dit-elle.

«Imaginez, son testament me déshérite dans le cas où j'appartiendrais à une secte. Et lui, il n'a même pas l'impression d'en faire partie!» lance Katia Soulières.

Déguerpis en pleine nuit

«Ils sont partis en pleine nuit il y a deux jours, raconte Anthony, voisin immédiat des Pontbriand dans le bled de l’Arizona. Ça fait bizarre parce qu'ils sont toujours là.»

Deux jours, c'est 24 heures avant que le Journal ne se présente chez lui. Simple coïncidence? Difficile à dire. Mais l’animateur Claude Poirier a beaucoup parlé de lui dans les jours précédents.

Partir de nuit lui va bien. Marcel Pontbriand semble maîtriser parfaitement l'art de cultiver le secret autour de lui.

Il ne répond d'ailleurs plus aux appels de Montréal. Quand nous le contactons une fois sur place, en Arizona, une voix féminine, ne se méfiant pas de voir le code régional 520 s’afficher, répond en français «Oui?». Puis la ligne se coupe lorsque nous lui demandons à parler à «Marcel».

Depuis, nous avons droit à la boîte vocale.

La même dose de discrétion semble avoir été injectée dans les veines de ses disciples. L’homme qui répond au numéro de cellulaire de Michel Soulières dit ne pas être lui, ce que confirmera sa fille en entendant l’enregistrement. Mais l’homme refuse de se nommer et de poursuivre la conversation. Encore là, on passe aussitôt en mode boîte vocale.

Maison peu invitante

Si la vie semble être «le petit train du bonheur», comme se plaît à le répéter Pontbriand, sa résidence demeure peu invitante. Comme celles autour d’ailleurs, où les affiches No trespassing et la présence de pitbulls sont la norme.

«Quand tu vois cette affiche, mieux vaut ne pas entrer. Ici, les gens sont armés», nous rappelle un policier.

«Ces gens ne se mêlent pas aux autres. C'est à peine s'ils te disent bonjour quand tu les croises», dit un voisin.

«Les rares fois où je suis passé chez lui, il m'a vite fait sentir que je ne devais pas rester longtemps, ajoute un autre. Disons qu'il ne se dévoilait pas beaucoup.»

À voir les images satellites de sa résidence, où s'entassent les roulottes sur le terrain, les Québécois sont nombreux à avoir tout quitté et beaucoup investi pour suivre cet homme.

Parqués dans des roulottes

C'est l'avis de Steve Cooper, propriétaire du garage El Tiro Auto, situé à deux kilomètres de chez Pontbriand. Seul point en commun avec lui et le Québécois: leur amour des autos de collection. Dans ses temps libres, Marcel Pontbriand remettait lui aussi en état des autos rares.

«Les fois où je suis passé chez lui pour une pièce d'auto, ils devaient être une bonne douzaine assis dans la cour», dit-il.

La postière, rencontrée en face de la maison de Marcel Pontbriand, nous dit qu'elle livrait du courrier à une quinzaine de noms différents à cette adresse. Gère-t-il le courrier de ses disciples? Toujours est-il que plusieurs Québécois sont sans nouvelles de leurs proches depuis longtemps.

«Il leur dit d'éviter tout ce qui est négatif. Forcément, ça inclut les gens qui sont inquiets pour eux», tente d'expliquer Katia Soulières.

Aujourd'hui, la postière dit ne plus livrer de courrier à cette adresse.

«Récemment, ils ont enlevé leur boîte aux lettres», explique-t-elle. Pas étonnant, la maison est vide, le frigo est ouvert, et on ne trouve plus de trace des roulottes.

Fini le camping

Alors, où sont passés Marcel Pontbriand et son groupe?

Pas au camping où logeaient les disciples quand ils sont arrivés en Arizona, il y a trois ou quatre ans, avant de s'installer sur le terrain nouvellement acquis par la femme de Pontbriand à Marana. On y trouve encore deux camions de Transport Marfranc, entreprise de camionnage de Marcel Pontbriand aujourd'hui inactive. Mais pas de Marcel Pontbriand.

«Ça fait deux ans qu'il ne paie plus pour leur entreposage», dit Amber, la gérante du camping, qui ne sait pas quoi faire de ces carcasses.

Et pas de Québécois non plus. Selon une résidente du camping, ils seraient repassés il y a quelques semaines, mais n'auraient pu s'y installer étant donné la nouvelle règle qui interdit les mineurs.

Des recherches dans les campings environnants n'ont pas donné de résultats.

Et pas de trace non plus du joyau de l'homme d'affaire de Belœil, une remorque peinte à la main qui trônait dans ce camping à son arrivée. Les artistes de peinture automobile de la région s'en souviennent encore, mais c'était il y a plus de deux ans. Qu'est-elle devenue aujourd'hui? Mystère.

Une piste menant le Journal à Sierra Vista, dernière ville avant la frontière mexicaine, à environ 150 km de Marana, a encore mené à une impasse.

La fin d’un monde

Des impasses qui commencent à inquiéter les proches des gens sous son emprise.

Surtout que la rumeur court que certains les auraient rejoints pour éviter une fin du monde prochaine, le fameux «12-12-12», soit le 12 décembre 2012. Certains parlent aussi de la prophétie du 21.

Ce serait le cas de Victor Poiré, ce père d’enfants de trois et six ans qui a gagné l’Arizona au début du mois avec sa mère dans l’espoir d’éviter un destin funeste.

Où Pontbriand compte-t-il se réfugier. Sur un plateau de l'Arizona? Au Mexique? En Oregon? Les rumeurs sont nombreuses et n’ont rien pour rassurer les familles qui sont sans nouvelles depuis trop longtemps.

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