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Céline Bonnier triomphe en reine de suède

Céline Bonnier triomphe en reine de suède
photo courtoisie Céline Bonnier interprète la reine Christine de manière fascinante.

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C’est un spectacle très théâtral que nous propose le Théâtre du Nouveau Monde avec la nouvelle création de Michel Marc Bouchard, Christine la reine-garçon. L’excellente distribution composée de 10 comédiens, le texte exaltant de l’auteur et la remarquable mise en scène de Serge Denocourt en font

On peut parler d’un succès éclatant à tous les égards pour Christine la reine-garçon. Si on voulait épater la galerie, c’est réussi.

Nous sommes dans le château d’Uppsala en 1649. Le décor qui prend place sur la scène est plutôt sobre, bien que de magnifiques rideaux blancs drapés viennent agrémenter, par moment, cet univers austère dominé par la froideur où tous sont vêtus de noir.

Céline Bonnier qui personnifie la reine de Suède joue admirablement bien, cette reine-garçon qui ne mâche pas ses mots. Elle parle, pense et agit comme un homme. Même, sa démarche et sa gestuelle sont empruntées à celles d’un homme. Elle qui a perdu son père Gustave II Adolphe de Suède alors qu’elle n’avait que six ans a, par la même occasion, accédé au trône. Elle a été élevée à la manière d’un garçon par un tuteur, le chancelier Axel Oxenstierna

Ce qui frappe, dans ce personnage historique, c’est l’ambivalence de cette reine.

Autant elle peut se montrer dure et sans pitié, autant on peut ressentir, très fortement, toute sa vulnérabilité ainsi que sa fragilité. D’une part, elle a en elle la force colossale nécessaire à tenter d’élever son peuple et la puissance herculéenne pour se croire capable de changer le monde, pourtant, lorsqu’il est question d’amour, elle se métamorphose en une petite fille sans défense.

Loin d’être féminine, elle agit comme une féministe bien avant son temps. Celle qui a eu pour mère une femme indifférente qui la haïssait ne connaît ni la tendresse ni la douceur. C’est néanmoins dans les bras d’une femme que Christine apprendra l’amour et la passion. Son cousin, à son grand dam, sera témoin des débats amoureux entre les deux femmes.

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Ce n’est pas un secret, la reine de Suède est attirée par les femmes. Si certains avaient des doutes à ce sujet, ils s’effaceront à tout jamais en voyant cette pièce. Faits et gestes sont explicitent sur scène.

Il y a d’abord son cousin Karl Gustav, qui lui fait des avances et souhaite l’épouser. Il y a également son faux frère, le fils de son tuteur, qui, lui, n’ira pas par quatre chemins pour tenter d’entrer dans le lit de la reine et obtenir une place sur le trône. Ses paroles seront très éloquentes et ses avances, pour l’époque, seront très fortes. Il ira jusqu’à tenter de la violer. Mais, Christine n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

Elle va le balayer de son chemin comme on le fait avec un être indésirable.

Des acteurs remarquables

Outre la performance exceptionnelle de Céline Bonnier, mentionnons celle d’Éric Bruneau, le faux frère de Christine, le comte Johan Oxenstierna qui nous fait rire par son opportunisme. Il est vaniteux et égocentrique. Magalie Lépine-blondeau, pour sa part, est éblouissante dans son rôle de comtesse. C’est à cause d’elle que la reine est aveuglée par l’amour et la passion au point d’en perdre la raison. Par ailleurs, la reine mère, personnifiée par Catherine Bégin, est renversante par sa prestance sur scène et aussi par sa méchanceté. Quant à David Boutin, le cousin de Christine, Karl Gustav, il offre une prestation magistrale. Son amour pour la reine Christine semble plus sincère et, de fait, il est celui qui sortira gagnant de toute cette histoire.

Être libre à tout prix

La reine de Suède souhaite sa liberté et elle l’aura. Elle utilisera son libre arbitre comme le lui a si bien enseigné le philosophe René Descartes. Ainsi la reine offrira, comme sur un plateau d’argent, sa couronne et son royaume à son cousin Karl Gustav, devenant ainsi son successeur, afin qu’elle puisse quitter son pays et ses obligations après avoir reçu une offre irrésistible du pape de Rome pour régner sur Rome, où elle sera proclamée «reine vierge». C’est ainsi qu’elle quittera la Suède, emportant avec elle cinq caravelles et deux cents carrosses pleins à craquer, aussi libre qu’on croit pouvoir s’imaginer de l’être.

 

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