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Littérature | Culture

«Après moi le déluge»

«Après moi le déluge»
Jean-Jacques Pelletier signe avec Les visages de l’humanité un passionnant roman.

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Vieillir est une bien drôle d’affaire. J’ai eu 50 ans la semaine dernière. Un demi-siècle dans les flancs, dont presque 30 ans à écrire dans les journaux. Ce qui ne m’empêche pas de me mettre régulièrement dans des situations délicates parce que...

Vieillir est une bien drôle d’affaire. J’ai eu 50 ans la semaine dernière. Un demi-siècle dans les flancs, dont presque 30 ans à écrire dans les journaux. Ce qui ne m’empêche pas de me mettre régulièrement dans des situations délicates parce que...

Parce que quoi?

Parce que je ne sais pas vieillir?

En lisant Terre des cons, de Patrick Nicol, je me suis posé la question. C’est bon signe puisque ce roman s’articule précisément autour de ce dilemme : est-ce qu’on devient automatiquement un con parce qu’on vieillit?

Je le dis pour qu’il n’y ait pas de zone d’ombre : en temps normal, je suis l’éditeur de Patrick Nicol. Mais pas pour ce roman-là!

C’est qu’il me trompe, l’auteur, en publiant ailleurs un roman qui pourtant me touche de près! Je ne devrais pas en parler. Je devrais défendre mon territoire comme tout un chacun par les temps qui courent. Il m’a trompé, l’auteur, avec un autre... et pourtant je ne lui en veux pas. Ça fait de moi une bonne poire?

Je vieillis mal, faut croire, et je ne suis pas en adéquation avec mon époque. Je n’ai ni le sens de la propriété, ni l’obsession de la sécurité, ni la volonté absolue de défendre mon steak.

VIEILLIR, C’EST MOURIR UN PEU

Terre des cons est un roman tout simple, écrit dans l’urgence, et qui met en scène un professeur de cégep pendant la grève étudiante de l’automne dernier.

Le professeur, bien établi dans la vie, jouissant d’un revenu confortable, frôlant la cinquantaine, se demande s’il lui reste encore un peu de colère et d’indignation. Il se demande si vieillir veut dire à se ranger.

Une bonne bouteille de vin et une vie agréable, est-ce assez pour que vous cessiez de vous préoccuper du monde? C’est à dire du reste du monde, de tous ceux qui n’ont pas votre chance?

Avec une économie de moyens et un sens de la retenue qui caractérise l’auteur, ce roman met en doute le vieil adage qui affirme qu’il est parfaitement logique d’être un révolutionnaire quand on est jeune, mais qu’il est parfaitement idiot de l’être quand on arrive à l’âge mûr.

Au nom de quoi, se demande le professeur? Au nom du confort et de l’indifférence, serait-on tenté de répondre avec lui.

Patrick Nicol est un écrivain du doute. Mais même le doute se heurte un jour à l’absurde et à la bêtise. C’est ainsi que la colère s’insinue dans ce roman, le premier à prendre comme sujet un printemps érable dont le bruit de casserole n’a pas fini de résonner dans l’inconscient collectif.

ET MAINTENANT, UN PEU DE SUSPENSE...

Si vous n’avez pas envie de recevoir en pleine gueule les questionnements de Patrick Nicol, vous préférerez peut-être le roman de Jean-Jacques Pelletier. Vous n’aurez pas l’impression de réfléchir à l’état du monde et pourtant, c’est exactement ce que vous ferez.

Professeur de philosophie pendant plus de 30 ans, Pelletier a choisi le thriller comme moyen de réfléchir aux problèmes qui nous minent. Dans son dernier et passionnant roman, Les visages de l’humanité, il persiste dans un genre bien défini avec autant sinon plus de bonheur que les meilleurs auteurs américains qui vendent des millions de livres. Je pense à Robert Ludlum, dont Pelletier affirme se démarquer en ayant moins de scènes de pow-pow et de poursuites automobiles, et à Tom Clancy, dont j’affirme que Pelletier le dépasse, et de loin, en qualité d’écriture et en humanisme.

Les visages de l’humanité se déroule en partie au Québec et, oui, les manifestations étudiantes et la répression politique et policière y font de brèves, mais significatives apparitions. C’est que le monde selon Pelletier est en bien mauvaise posture puisqu’il fustige sa jeunesse au profit d’une économie dévastatrice qui compromet l’avenir. On y lit les tactiques folles et pourtant efficaces de ces grands marchands du temple qui n’hésitent pas à créer le chaos pour détour­ner l’attention de leurs rapines.

Mais c’est fait avec un art de prestidigitateur, qui détourne l’attention pour mieux vous ravir.

C’est du divertissement, mais dangereux. Attention, vous pourriez être porté à réfléchir!

 

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