Dossier Haïti

Un baume pour les familles endeuillées

Éric Legault a pour mandat de payer l’école à des jeunes dont les pères policiers ont été tués

Valérie Gonthier

Valérie Gonthier @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Éric Legault a pour mandat de payer les frais de scolarité pour une année aux enfants de policiers haïtiens décédés durant le séisme en 2010.

JdM

PORT-AU-PRINCE, Haïti | Retracer les enfants des policiers haïtiens décédés en service lors du tremblement de terre en janvier 2010 et payer leurs frais de scolarité pour une année. C’est à Éric Legault, un policier de Montréal, qu’on a donné ce mandat qui demande à la fois du cœur et de la rigueur.

Être sur le terrain, interagir avec les gens et les aider. C’est ce qu’Éric Legault souhaitait faire en venant en mission à Port-au-Prince.

C’est pour cette raison qu’on lui a confié un mandat bien spécial : alléger le fardeau financier de familles haïtiennes endeuillées, mais surtout, s’assurer que l’argent offert soit dépensé à de bonnes fins.

Éric Legault a donc une enveloppe de 10 000 $ – l’argent est offert par l’Association internationale des chefs de police – à répartir entre 25 familles. Jusqu’ici, il en a retrouvé 21.

Si la tâche lui semblait d’abord facile, elle s’est avérée plus complexe puisqu’il doit s’assurer que «l’argent va à la bonne place». Pour ce faire, il exige de chaque famille qu’il rencontre qu’on lui remette une copie de l’acte de naissance de l’enfant, en plus du certificat de décès du père décédé en service.

Une fois que toutes ces vérifications sont faites, Éric Legault accompagne la mère de l’enfant à l’école et va rencontrer la direction afin de payer la facture.

«De cette façon, on est certain que le don va à la bonne fin. Le but, ce n’est pas qu’ils se mettent de l’argent dans les poches. Ce qu’on veut, c’est payer l’école à l’enfant», explique l’enquêteur pour une des escouades spécialisées au SPVM.

Un baume

Un petit coup de pouce qui réjouit Farah Lima, qui a perdu son conjoint lors de la secousse meurtrière du 12 janvier 2010.

«On a encore de la difficulté à se relever... C’est difficile depuis qu’il est parti», laisse tomber la jeune femme avec émotion.

Son mari, Robenson Maxime, travaillait comme policier au Commissariat Delmas 33. Il a été retrouvé dans les décombres de la bâtisse après le tremblement de terre.

Pour envoyer son garçon de sept ans à l’école, Farah Lima doit débourser 7500 gourdes, ce qui équivaut à 187,5 $ canadiens par année. Sans emploi, la mère de 28 ans peine à joindre les deux bouts. Elle habite avec son fils, sa mère et son beau-frère dans une petite maison sans électricité, construite avec des plaques de tôle.

Éric Legault le sait, ces dons aident les familles de policiers décédés en service. Mais pour lui, c’est aussi très valorisant, admet-il.

«Le fait de remettre cet argent-là à la direction et de voir l’enfant à l’école dans sa classe... Ça nous montre où va l’argent. On sait que c’est utile et que ça va aider la famille plus tard», lance-t-il fièrement.

 

Des vêtements en cadeau

Photo le Journal de Montréal, Valérie Gonthier

Le policier Éric Legault remet une chemise à Iguerson, un cadeau hors de prix aux yeux du jeune homme qui habite un camp de déplacés.

Des vêtements en cadeau

Dans le coffre de sa voiture, Éric Legault traîne d’énormes boîtes pleines de vêtements. Des jupes, des vestes, des chemises, des soutiens-gorge. Gracieuseté de sa famille, mais surtout de sa fille de 11 ans, qui a décidé de s’impliquer à sa façon dans la mission de son père.

«C’est elle qui a présenté le projet devant sa classe, elle a préparé une boîte et elle a ramené ça à la maison», explique-t-il.

Au final, il a récupéré trois énormes sacs de vêtements. «Je n’ai même pas pu tout amener», dit-il en riant. Éric Legault se réjouit que son enfant collabore à ce projet.

«Je voulais impliquer le plus possible ma fille dans ma mission. Je suis très proche d’elle et là, elle perdait son père pour un an. Je l’ai longtemps préparée à mon départ», ajoute-t-il.

Cadeaux

Puisqu’il travaille la majeure partie du temps sur le terrain, Éric Legault n’hésite pas à offrir quelques pièces de vêtements aux gens qui en ont besoin.

Lors d’une visite à la maison de Farah Lima, à qui il a payé les frais de scolarité pour son enfant (voir autre texte), il lui a remis un veston noir et or. Le beau-frère de Mme Lima est pour sa part reparti avec une chemise et sa mère avec une jupe noire. À son retour de l’école, le petit Vickery Maxime a également eu droit à sa part du gâteau : un ballon de soccer neuf.

«Souvent, lorsque je rencontre les gens, j’essaie de leur trouver un vêtement qui va leur faire. Ça leur fait plaisir. Et je sais que ça les aide», raconte-t-il.

« Le bébé Minustah »

À peine arrivé en mission à Port-au-Prince, Éric Legault a vécu une expérience qu’il n’est pas prêt d’oublier : il a aidé une femme en détresse à accoucher sur le gravier dans un camp de déplacés.

Depuis cette opération hors de l’ordinaire, le policier du SPVM se fait maintenant appeler par plusieurs le «docteur canadien».

À la fin du mois de mars dernier, il a dû coordonner un transport jusqu’à l’hôpital pour une femme sur le point d’accoucher. Mais au moment où il allait l’embarquer dans le véhicule, elle s’est écroulée au sol.

«La panique est prise, tout le monde parle créole, je ne comprends absolument rien», se souvient-il.

Puis, en regardant entre les jambes de la dame, il aperçoit la tête du bébé. Autour de lui, personne n’ose faire quoi que ce soit.

«Je mets mes gants, je prends la tête du bébé, je tire fort, puis il sort. Dans les films on entend le bébé pleurer. Mais le mien, il ne pleure pas», raconte Éric Legault.

Le nouveau-né a le cordon enroulé autour du cou, l’empêchant de respirer. Après l’avoir dépris de sa mauvaise position, l’enfant respire finalement.

Depuis cet événement, le policier québécois va parfois rendre visite à la petite Coralie, que plusieurs surnomment le «bébé Minustah».

« Le bébé Minustah »

Photo le Journal de Montréal, Valérie Gonthier

Le policier Éric Legault en compagnie de la mère qu’il a aidée à accoucher en plein milieu d’un camp de déplacés et le «bébé Minustah», la petite Coralie.

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