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L’assiette au beurre

Jean-Jacques Samson

Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

Bloc Samson

Les élus québécois ont les deux mains dans l’assiette au beurre et ils s’en mettent plein la face sans gêne.

Les lois qui prévoient de généreuses allocations de départ et de transition pour les députés, maires et conseillers municipaux qui démissionnent en cours de mandat doivent être amendées.

Au cours des cinq dernières années seulement, les contribuables ont versé des dizaines de millions pour se débarrasser d’élus dont les situations étaient devenues intenables ou parce qu’ils étaient malheureux dans leur peau. Le même contribuable doit assumer les coûts des élections pour les remplacer lorsque cela est obligatoire. Depuis 2008, des élections partielles ont dû être tenues dans 13 circonscriptions. Au cours du premier mandat du gouvernement Charest, de 2003 à 2007, onze élections partielles ont été provoquées par des départs. Une élection partielle sur la scène provinciale coûte quelque 600 000 $ provenant de fonds publics. Une partielle pour un siège de conseiller municipal à Québec coûte 150 000 $.

Versements reportés

Seulement au cours des dernières semaines, les maires de Montréal, Laval et de Mascouche ont été poussés dehors et ils ont respectivement empoché au passage 216 000 $, 250 000 $ et 168 000 $ alors que leurs administrations baignaient dans des allégations de corruption. Le maire de Mascouche, Richard Marcotte, fait même notamment face à des accusations criminelles de fraude, de corruption et d’abus de confiance.

L’ex-ministre libéral Tony Tomassi, qui attend son procès pour fraude, a eu droit à 122 000 $.

La loi devrait au minimum prévoir que le paiement des primes et allocations est reporté à la fin des procédures judiciaires, si l’accusé est blanchi, ou que les sommes versées doivent être remboursées, dans les cas de personnes reconnues coupables.

Les états d’âme

De plus en plus d’élus abandonnent par ailleurs leur poste en cours de mandat, sans raison plus valable que leurs tourments intérieurs. Entre 2008 et 2012, ce fut le cas entre autres pour les ministres David Whissell, Nathalie Normandeau, Line Beauchamp, Monique Jérôme-Forget, Jacques Dupuis…

Deux actuels chefs de parti, Pauline Marois et François Legault, ont déjà déserté avant la fin de leur mandat, ont touché de généreuses allocations et primes et sont revenus après une courte parenthèse de quelques années dans leur vie politique.

En 2006, l’ego de Mme Marois était froissé après sa défaite aux mains d’André Boisclair dans la course à la direction du Parti québécois de 2005. François Legault, pour sa part, était devenu inconfortable au PQ en 2009, un an seulement après avoir sollicité un nouveau mandat sous la bannière de ce parti. Mme Marois avait quitté avec une allocation de 128 000 $ et M. Legault de 122 000 $.

André Boisclair a touché 100 000 $ lors de sa démission de 2004 et 35 000 $ après celle de 2007 et il repart pour New York dans un carrosse doré. La face directement dans l’assiette au beurre, dans ce cas.

La première ministre a affirmé, en juillet, qu’elle renoncera à la prime de départ à laquelle elle aurait à nouveau droit lorsqu’elle quittera la vie politique.

La chef péquiste a déjà aussi indiqué, avant les dernières élections, qu’elle voulait abolir les allocations dites «de transition» pour les députés qui démissionnent en cours de mandat. François Legault l’appuyait alors dans ses intentions.

Alors qu’est-ce qu’elle attend?

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