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Cotisations détournées

Bloc Samson
Bloc Samson

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Des cotisations syndicales versées par d’honnêtes travailleurs pour la défense éventuelle de leurs droits ont été détournées le printemps dernier pour soutenir les étudiants en conflit avec le gouvernement Charest. Ce sont les médias qui ont dévoilé le fait.

Des cotisations ont été utilisées pour l’organisation de manifestations violentes qui ont paralysé la circulation, fait perdre des revenus à des travailleurs pris pour otages, privé des citoyens de soins médicaux ou d’autres services pour lesquels ils n’ont pu respecter leurs rendez-vous et coûté des dizaines de millions de fonds publics.

Deux citoyens sur trois appuyaient pourtant le gouvernement libéral face aux étudiants. Il est donc indéniable que des syndiqués ont payé pour soutenir une cause avec laquelle ils étaient en désaccord. Ce sont aussi des journalistes qui ont appris aux cotisants à la CSN que leur argent avait servi à dépêcher Gabriel Nadeau-Dubois au congrès du Parti communiste en France.

Obligation de transparence

Toutes les organisations syndicales du Québec sont montées aux barricades lundi pour dénoncer un projet de loi présenté aux Communes par un député conservateur (C-377) qui vise à les forcer à plus de transparence quant à l’utilisation qu’elles font des cotisations exigées de leurs membres.

Les dirigeants syndicaux y voient une ingérence dans leur fonctionnement et une attaque discriminatoire, puisque les associations patronales et professionnelles ne seraient pas soumises aux mêmes règles.

La différence est pourtant énorme. Les employés d’une entreprise privée et du secteur public où règne un syndicat sont forcés de payer des cotisations syndicales prélevées à la source (formule Rand). C’est un privilège exceptionnel accordé par l’État aux centrales syndicales au Canada. De plus, les cotisations syndicales sont déductibles du revenu pour les fins de l’impôt et les prestations de remplacement en cas de conflit ne sont pas imposées au même titre que les salaires. L’ensemble des contribuables assume donc un coût pour la syndicalisation de 40 % des travailleurs québécois (32 % au Canada). Ces avantages entraînent des obligations de transparence.

Distorsion

Les dirigeants syndicaux font valoir que les budgets sont débattus et votés à l’intérieur des instances et que l’exercice est démocratique. Or, les délégués à ces instances sont les militants les plus convaincus et les plus engagés, qui adhèrent sans réserve à l’idéologie prônée par les permanents des organisations syndicales et les syndicalistes de carrière. Il y a une grande distorsion souvent entre l’opinion des travailleurs moyens sur une question donnée ou leurs choix politiques et ceux des membres des establishments syndicaux.

Il y a par ailleurs des choses qui ne se questionnent tout simplement pas dans les instances syndicales, comme dans les instances des partis politiques, parce que cela serait perçu comme blasphématoire par l’assemblée. Il existe une rectitude politique, mais il y a aussi une rectitude syndicale qu’il ne faut pas transgresser, sous peine d’être huée ou, si la personne se fait trop insistante, d’être ostracisée avec mépris.

Les organisations syndicales de nombreux pays, dont la France, sont soumises aux mêmes obligations de transparence que C-377 introduit.

Celui-ci hérisse certes les dirigeants syndicaux, mais son adoption servira bien les cotisants aux syndicats au premier chef et la population en général qui réalisera davantage le rôle que jouent ceux-ci en sous-main dans le pressant lobby de la gauche. Mais peut-être ces dépenses sont-elles gênantes à révéler aux cotisants? Et c’est sans parler de certains comptes de dépenses de dirigeants.

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