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Déficit d’équité

Michel Hébert

Michel Hébert @

Journal de Québec, Publié le: | Mise à jour:

Bloc Hebert

Il n’y a pas de dossier plus embarrassant pour les syndicats que celui des retraites. C’est compréhensible. Quand la majorité de la population n’a presque rien pour assurer ses vieux jours, ça devient difficile de se poser en victime…

Mais certains y parviennent quand même. À Québec, par exemple, l’inimitable président du syndicat des cols blancs, Jean Gagnon, a fait un retour de congé-maladie remarqué lundi en laissant entendre que l’administration Labeaume avait détourné cent millions. Le syndicaliste est évidemment outré. Ce qui apparemment dans sa nature. On comprend que, dans la pensée syndicale habituelle, ces millions n’appartiennent pas à la ville, et par conséquent ni aux citoyens qui l’habitent, mais aux syndiqués municipaux, seigneurs des temps modernes devant lesquels nous devrons bientôt enlever nos chapeaux, baisser les yeux et faire un signe de croix…

Démagogie

M. Gagnon accuse le maire Labeaume de démagogie. Lui-même, on le sait, n’oserait pas servir aux citoyens de Québec des arguments fallacieux, surtout en ce qui a trait aux retraites… À Québec, le déficit actuariel des régimes de retraite oscille à 750 millions. C’est le chiffre qui apparaîtra sur le radar du général Marcoux au 31 décembre. Mais le col blanc Gagnon, lui, n’y croit pas et dit qu’un seul chiffre est crédible: 510 millions, le déficit de 2010. Il ignore sans doute, ou veut tout simplement ignorer, que l’année suivante, à la même date, le déficit était passé à 620 millions. En deux ans donc, ce qu’on devra débourser pour la retraite des employés municipaux aura augmenté de 50%.

M. Gagnon doit aussi savoir que le déficit de retraite pour chacun des 5 394 employés de la ville de Québec était de 114 849 $ au 31 décembre 2011. Il est d’environ 150 000 $ aujourd’hui. Cette facture sera refilée aux bienheureux citoyens de Québec par le biais de leurs taxes foncières, les parcomètres, les permis, etc. Pour certains, les fonds publics, c’est comme la limonade, il suffit de presser les citrons…

Remarquez que c’est pire à Montréal. Mais qui voudrait prendre Montréal pour modèle en quelque domaine que ce soit? La ville et ses cols bleus se sont entendus en octobre et l’accord a été rendu public, un samedi, trois mois avant l’échéance des conventions collectives; le débat sur les retraites n’altérera donc pas le calme qui règne dans la nauséabonde administration montréalaise.

Le déficit actuariel des régimes de retraites de Montréal est passé de 1,6 milliards à 2,7 milliards entre 2010 et 2011. Et ce malgré l’effort fourni par l’ensemble des Québécois depuis dix ans… Pour chacun des 20 700 employés de Montréal, le déficit est de 129 519 $, selon des chiffres officiels obtenus par le Journal. Mais à Montréal, on ne parle pas de ces choses-là; la bureaucratie est laissée à elle-même, toute à ses aises...

Statut particulier

Il faudra un jour qu’un gouvernement agisse et remette en question le statut particulier dont profitent cette classe de citoyens. Après tout, le partage de la richesse devrait favoriser tous les Québécois. Un gouvernement courageux le fera un jour, c’est inévitable. Un gouvernement qui gouvernera pour tous les Québécois, pas pour les syndicats.

Il y aura bientôt urgence d’agir. Le gouvernement Marois profite d’un répit parce que le comité d’Amour qui se penche sur les régimes de retraite ne présentera pas son rapport avant 2013. Un projet de loi devrai suivre, notamment pour inciter les Québécois à épargner en vue de la retraite. Rien n’indique qu’on touchera aux régimes publics.

Il faudra pourtant que le gouvernement s’y résoude un jour. Les constats faits en 2008 par l’université de Montréal après un examen des rapports d’impôt de 2005 méritent d’être rappelés. La grande majorité des retraités du privé gagnaient moins de 20 000 $ par année. Au public, les hommes retraités empochaient 43, 562 $ tandis que les femmes retraitées recevaient 35 203 $, le double des femmes retraitées du privé. C’était il y a sept ans. L’écart a certainement grandi...  

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