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HAïti | visite

Donner du sang en cadeau

Un hôpital a pu opérer une jeune femme après un don inespéré d’une journaliste du Journal

Donner du sang en cadeau
Photo courtoisie, Sylvain Sicotte La journaliste Christine Bouthillier a effectué un don de sang à la Croix-Rouge, en Haïti, pour permettre à Vivianne Pierre-Janvier de subir une opération.

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Jamais je n’aurais pensé, en me rendant en Haïti, me départir d’une partie de mon corps. Quand on veut aider les plus démunis, on songe généralement à donner de l’argent. J’ai plutôt offert mon sang.

Jamais je n’aurais pensé, en me rendant en Haïti, me départir d’une partie de mon corps. Quand on veut aider les plus démunis, on songe généralement à donner de l’argent. J’ai plutôt offert mon sang.

Je me suis rendue dans ce pays de mer et de montagnes dans le cadre d’un stage d’observation en coopération internationale avec l’organisme L’ŒUVRE ­LÉGER. J’ai mérité cette épopée parce que j’ai remporté le premier prix pour un texte dans la catégorie Action communautaire aux Grands prix des Hebdos 2011, prix commandité par l’organisme.

Nous avons été en tournage vidéo à l’hôpital Cardinal-Léger, à Léogane. L’hôpital a été fondé en 1986 par le cardinal pour soigner les lépreux. Même si la léproserie demeure la mission principale de l’établissement, on y prodigue aujourd’hui des soins de toutes sortes: dermatologie, orthopédie, chirurgie, etc. Les sœurs ­missionnaires du Christ-Roi gèrent le centre médical.

Hôpitaux modernes

L’établissement impressionne par sa modernité et la qualité des soins offerts. On se croirait presque dans un hôpital canadien. Il faut dire qu’il a presque entièrement été détruit par le séisme de 2010. Les bâtiments sont neufs, ayant été inaugurés en avril dernier.

Sœur Yolande Leblanc, directrice des soins infirmiers, nous a fait visiter les lieux. La dame de 72 ans se distingue par son énergie et son franc-parler. Malgré 20 ans passés au Congo et 16 ans en Haïti, son accent gaspésien était bien évident lorsqu’elle nous a présenté certains ­patients.

Opération requise

«Cette dame doit subir une hystérectomie [ablation de l’utérus], car elle a beaucoup de fibromes [tumeurs bénignes] et perd beaucoup de sang. Malheureusement, on ne pourra pas l’opérer, car son groupe sanguin est O négatif et nous n’avons pas de ce type de sang en ce moment, a-t-elle expliqué.

«Moi, je suis O négatif...», ai-je soufflé.

Les yeux de sœur Yolande se sont mis à briller. J’ai su que je n’aurais pas le cœur de laisser repartir cette dame chez elle, souffrante, en attente de sang. Du sang qui arriverait peut-être trop tard pour Vivianne Pierre-Janvier, 33 ans.

Chirurgiens et infirmières se sont mis à s’agiter lorsqu’ils ont su que du sang allait être disponible. Une fébrilité flottait dans l’air. Au diable les entrevues, on m’amène à la Croix-Rouge haïtienne pour un prélèvement. Si mon sang s’avère compatible, on procédera au don.

Je n’ai jamais donné de sang au ­Québec, un peu craintive de me sentir mal après le prélèvement. Pourtant, des milliers de Québécois posent ce geste chaque année. J’allais le faire pour la première fois ici, en Haïti.

J’ai circulé dans les rues poussiéreuses de Léogane pour me rendre jusqu’à la Croix-Rouge pour donner mon sang. Ici, les marques du séisme sont plus visibles qu’à Port-au-Prince. Il faut dire que c’en était l’épicentre et que 70% de la ville a été détruite. L’aide a aussi ­afflué davantage dans la capitale qu’ici. Malgré les nombreux chantiers de construction, on peut croiser fréquemment des gens qui habitent dans leur maison en ruines ­recouverte d’une bâche bleue ou carrément dans une tente. Pourtant, les gens demeurent ouverts, chaleureux et optimistes dans leurs malheurs.

Un don apprécié

Nous sommes retournés à l’hôpital. La ­patiente a dû attendre une heure avant de pouvoir être opérée, car le sang devait être filtré.

«Voulez-vous assister à l’opération?» a proposé sœur Yolande.

Là, ce sont mes yeux qui ont brillé. Nous avons enfilé vêtements stériles et masques en vitesse. À notre entrée dans la salle d’opération, l’équipe médicale, affairée, ne lève même pas les yeux.

J’ai été fascinée de voir que cette dame, ventre ouvert sur la table, reçoit ces soins en partie grâce à un don tout simple. Voilà une autre définition de la collaboration. J’ai aidé quelqu’un, concrètement. Je sais exactement à quoi mon don a servi, qui il a épaulé dans l’adversité. Quand on offre de l’argent, on se demande parfois où il va. Dans cette situation, tout est très clair.

Près de 48 heures plus tard, Mme Pierre-Janvier se sentait assez bien pour que l’on puisse la visiter. Les douleurs dues à la chirurgie, quoique toujours présentes, avaient diminué. La douleur de ne jamais pouvoir enfanter, par contre, hante toujours la patiente.

Elle a reçu son congé de l’hôpital peu après pour retourner chez elle.

«Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse», a-t-elle dit timidement, lorsqu’on lui a expliqué qui j’étais.

Sœur Yolande m’a expliqué qu’on ne lui a finalement pas donné mon sang. Sans lui, on ne l’aurait toutefois pas opérée, car il fallait du sang au cas où les choses tourneraient mal.

Ainsi, mon don a non seulement permis d’aider cette dame, mais le ou les prochains patients qui auront besoin de sang.

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