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L’Épiphanie | carrière

La chance lui sourit

Un changement de tâche sauve la vie à un excavateur

Kassandra Martel @

Publié le: | Mise à jour:

La chance lui sourit

Photo Le  Journal de Montréal, Kassandra Martel

Sébastien Quévillon, un excavateur, est passé bien près de ne pas revoir sa petite famille.

Sébastien Quévillon réalise que la vie ne tient qu’à un fil. Cet opérateur d’excavatrice aurait dû se trouver sur le site de l’affaissement à la carrière de L’Épiphanie ­mardi matin.

À l’emploi de la compagnie les Excavations G. Allard depuis 15 ans, Sébastien Quévillon opère chaque jour une excavatrice à la sablière de la carrière Maskimo.

«Je devais aller travailler à la carrière (mardi matin), raconte M. Quévillon. À la dernière minute, mon boss a décidé de m’envoyer dans la sablière.»

Il s’y dirige donc pour décharger les camions remplis de la terre glaiseuse de la carrière.

«On enlevait la surface de terre au-dessus du roc, explique-t-il. Elle était ensuite amenée à la sablière. Je vidais les camions de leur terre pour remblayer les endroits où il n’y a plus de sable.»

En fin d’avant-midi, il s’inquiète de ne pas voir arriver les camions de chargement.

«J’ai donc appelé Ben (Benoit Robert) pour lui demander où ils en étaient, dit-il. Il s’est mis à me crier après et à pleurer. J’ai alors compris que quelque chose n’allait pas.»

Il s’est dirigé sur les lieux pour constater l’inimaginable : Daniel Brisebois et Marie-Claude Laporte sont ensevelis sous la terre, alors que Benoit Robert fait les cent pas 300 pieds plus bas totalement dans un état de choc dans l’attente des secours.

Pendant ce temps, sa mère et son frère cherchent Sébastien.

«Tout le monde m’appelait, dit-il. Ils pensaient tous que j’étais là (à la carrière).»

Incompréhensible

«On se demande tous ce qui a pu arriver, précise-t-il. Personne ne l’a vu venir.»

Il ajoute que son équipe était installée sur le roc, à bonne distance du bord du trou.

«Ça a explosé comme un sac de ketchup, explique-t-il. On connaît notre métier, mais la terre avait l’air plus solide qu’elle l’était.»

Encore ébranlé par les tristes événements, il ne comprend pas pourquoi le sort s’est acharné sur ces travailleurs

«Daniel, c’est un très bon gars, celui qui est toujours là quand tu as besoin d’un coup de main, assure-t-il. Marie-Claude, je la connaissais moins, mais elle était toujours contente. C’est le genre de personne qui sourit tous les jours.»

Quinze minutes avant l’affaissement du terrain, il lui avait parlé, pour prendre de ses nouvelles.

«C’était la dernière fois que je lui parlais, dit-il. Je dis «c’était», mais ce n’est pas encore fini.»

Toujours de l’espoir

«Oui, j’ai espoir, assure Sébastien. Il peut y avoir des poches d’air.»

Il rappelle qu’une cabine n’a toujours pas été fouillée.

«C’est une cage de protection, dit-il. Ce serait génial de les retrouver vivants.»

Selon lui, les opérations de secours vont bon train.Toutefois, il aimerait que ça aille plus vite, mais il est conscient que les ­secouristes doivent travailler ­de manière sécuritaire.

«Il y a déjà deux trucks en bas, on n’en veut pas d’autres, dit-il. Le vent rendait toute descente impossible et le chemin est sous quatre pieds de bouette.»

Trop de vent

En raison des forts vents, l'opération pour ­retrouver les deux camionneurs ­ensevelis sous la terre glaiseuse ­depuis plus de trois jours, a été suspendue à la carrière Maskimo de L'Épiphanie, hier matin.

Les secouristes qui étaient dans la carrière avaient été remontés dans la nuit de jeudi quand la température rendait les recherches impossibles.

«Nous avons encore espoir de les retrouver vivants, explique Bruno Marier, porte-parole du Service incendie de Repentigny. Le moral des troupes est bon. Ils veulent continuer à chercher, mais nous le ferons de manière sécuritaire.»

Du soutien

Les familles des deux victimes ont été prévenues de l'arrêt des recherches. Elles bénéficient d'un support psychologique constant.

«On annonce des vents de 50 nœuds jusqu'à 2h du matin, expliquait hier Benoît Richard, de la SQ. C'est presque 100 km/h.»

Selon nos informations, deux grues de 600 tonnes ont été amenées à la carrière près de l’affaissement hier. Leurs câbles seront reliés pour stabiliser l’excavatrice instable.

Hier soir, des opérateurs ont effectués des tests chaque 20 minutes afin de déterminer si la faible accalmie des vents pouvait permettre la reprise des recherches.

 

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