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Mme Marois et la langue anglaise…

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Benoît Aubin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

La première ministre Pauline Marois devrait toujours se munir d’un interprète, et s’abstenir à l’avenir d’accorder des entrevues, ou de mener des négociations délicates, en anglais - avant que sa méconnaissance de cette langue ne la mette dans un sérieux pétrin.

Pauline Marois, on le sait, n’est pas très bonne en anglais. Elle a indiqué récemment avoir fait des efforts pour améliorer sa maîtrise de cette langue - qui peut s’avérer utile en bien des circonstances, peu importe où on se trouve dans le monde.

Mais en attendant de devenir plus familière avec les règles, et le sens des mots de cette langue qui ne lui est pas familière, Mme Marois devrait s’empêcher d’y avoir recours dans des circonstances où il devient important de préciser sa pensée, et de faire des nuances.

Traduire sa pensée

Sa difficulté à exprimer ses idées en anglais pourrait facilement la mettre dans l’embarras, comme on l’a vu lors d’une entrevue qu’elle a accordée plus tôt cette semaine à la BBC, lors de sa visite en Écosse.

L’accent de Mme Marois n’est pas en cause ici. L’accent n’est qu’une question d’oreille, un peu comme pouvoir chanter juste : c’est savoir où placer l’accent tonique, comment reproduire la mélodie propre à une langue.

Avoir un accent étranger quand on parle une langue autre que la sienne est facilement pardonnable. Robert Bourassa, par exemple, parlait un anglais atroce. Il n’avait aucun rythme, mettait toutes les intonations aux mauvais endroits. C’était agaçant, pitoyable même, mais on pouvait quand même le comprendre.

Pas Pauline Marois quand elle s’exprime en anglais.

Totalement incompréhensible

Pendant cette entrevue à la BBC, Mme Marois a prononcé plusieurs phrases totalement incompréhensibles. Par exemple, voulant dire qu’il arrive que le gouvernement fédéral dépense de l’argent dans des champs de juridiction provinciale, elle dit: « he make expenses in our competence.»

Traduction? Impossible! L’intervieweur de la BBC est passé à un autre sujet.

À un autre moment, voulant dire que le PQ a été déçu du résultat serré du dernier référendum, mais qu’il s’y est conformé par souci démocratique, Mme Marois dit : «it was a deception, but we accepted it because we are a democracy.»

Le problème, c’est que «déception» en anglais veut dire : tromperie, mensonge, imposture. Elle aurait dû dire «we were disappointed», qui traduit…déçu en anglais.

(On sait que les péquistes pensent qu’ils se sont fait voler le dernier référendum par tricherie, mais ce n’est pas ce que Mme Marois essayait de dire à ce moment-là…)

Avantage stratégique

Quelqu’un peut se dire vraiment bilingue lorsqu’il est capable de piquer une colère, ou de faire un mot d’esprit dans une autre langue. Mme Marois n’en est clairement pas là ; elle devrait se contenter de lire des discours écrits pour elle, pour s’éviter d’autres ennuis.

Les difficultés de Mme Marois lors de cette entrevue à la BBC soulignent – à rebours – un des grands avantages stratégiques de Montréal au plan international : l’agilité linguistique. Les immigrants ici parlent tous au moins trois, quatre langues. Le bilinguisme n’est plus un «fardeau», comme le disent encore des nationalistes. C’est un avantage…

Aujourd’hui même, Mme Marois doit rencontrer le premier ministre canadien, Stephen Harper, à Québec.

Espérons qu’ils se parleront en français. (M. Harper, lui, est bilingue). Au moins, comme ça, leurs sujets de mésentente seront clairs pour tout le monde…

 

 

 

 

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