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Le chemin de fer du Plan Nord remis en question

Carlos Leitao
Photo archives / Agence QMI Carlos Leitao, économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

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La mise sur la glace d'un projet de chemin de fer de 5 milliards $ par le Canadien National (CN) met en lumière les faiblesses du Plan Nord, qui manque de cohésion selon plusieurs observateurs.

Le CN a confirmé, vendredi, qu'il réfléchissait. Ce projet de 5 milliards $ et de plusieurs centaines de kilomètres relierait la fosse du Labrador au port de Sept-Îles. Ce chemin de fer transporterait des ressources, mais les défis techniques (zones humides, montagnes et cours d'eau) et le ralentissement minier sont des obstacles.

La baisse récente des prix du fer ne peut pas servir de seule explication, estime Normand Mousseau, professeur au département de physique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique numérique de matériaux complexes de l'Université de Montréal.

Le prix a atteint 187 $ US la tonne métrique il y a un an, pour redescendre à 107 $ en septembre, et remonter à 150 $ en début d'année.

«Quand il monte, tout le monde pense que ça montera pour toujours et on planche sur des projets, a-t-il dit. Quand ça descend, on les réévalue. Le prix du fer demeure tout de même six fois plus élevé qu'il y a 10 ans.»

Improvisation

Le problème, selon lui, est que le Plan Nord est improvisé. «Ce qui est essentiel pour le développement économique est de savoir où l'on s'en va. Une fois que l'on aura un modèle stable pour 15 à 20 ans, l'industrie pourra décider si elle veut investir», a-t-il indiqué.

«Présentement, c'est seulement un slogan, a ajouté M. Mousseau. J'espère que de la viande sera mise sur la table pendant les prochains mois. Le secteur minier représente seulement 2% de l'économie du Québec, mais les régions doivent en bénéficier.»

Les messages rassurants de Pauline Marois sur le développement ne sont pas convaincants, estime de son côté Carlos Leitao, économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Notamment, les règles du jeu sont sur le point de changer pour les redevances.

«Ça manque de cohérence, a-t-il déclaré. La première ministre est assez claire, mais les gestes concrets des ministères ne vont pas dans la même direction. Nous avons besoin d'un moteur de croissance. Si ça ne vient pas du secteur minier, nous en aurons besoin d'un autre.»

Le CN a mis un frein à l'étude de faisabilité et à l'évaluation environnementale sur la ligne dans le Nord. Les intentions des minières sont aussi examinées de près.

Les représentants de la compagnie ont refusé d'accorder des entrevues.

La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est partenaire du projet du CN, n’a pas plus fait de commentaires.

Pas de surprise à Sept-Îles

Le maire de Sept-Îles, Serge Lévesque, a dit qu'il n'est pas surpris par la décision. «J'avoue que l'environnement mondial pour le minerai de fer est moins reluisant qu'avant, mais le marché semble reprendre du poil de la bête, a-t-il expliqué. Je ne pense pas non plus que les hésitations soient uniquement liées à la situation du Québec.»

Plusieurs entreprises, dont New Millenium Iron Corp, Cliff Resources et Labrador Iron Mines sont cependant intéressées par le projet ferroviaire. Si le CN ne va pas de l'avant d'ici juin, elles pourraient être forcées de construire une ligne privée ou d'emprunter celle d'ArcelorMittal.

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