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La fonction publique est inepte

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Benoît Aubin @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

La plus grande menace qui pèse sur l’avenir du Québec n’a rien à voir avec les mots utilisés sur les menus des restaurants, avec l’immigration, «l’invasion» de l’anglais, ni même avec notre statut de province du Canada.

Le principal problème du Québec, c’est que l’outil privilégié dont il s’est doté, et dans lequel il a mis toutes ses complaisances pour se gouverner, s’affirmer, assurer son avenir, et, au besoin, se défendre de l’adversité – le gouvernement, la fonction publique – ne sont pas à la hauteur de la tâche, pas à la hauteur de nos attentes, et encore moins à la hauteur des ressources humaines, économiques, et politiques qu’ils mobilisent.

C’est une constatation navrante, une cruelle déception, à laquelle il nous est très difficile de faire face – un peu comme pour des gens qui ont englouti leurs économies dans la maison de leurs rêves, et découvrent qu’ils ont acheté un citron dont le terrain est inondé chaque printemps, et où Hydro-Québec exige une fortune pour y amener l’électricité.

On ne veut pas le savoir

Le réflexe normal est le déni, et nous tombons directement dedans. Le problème, ce n’est pas notre faute : c’est l’anglais, les Anglais, les Italiens, les libéraux, l’immigration, le Canada, la mondialisation, whatever.

Cela aurait arrangé bien du monde que Nicolo Milioto («M. Trottoir») admette à la commission Charbonneau qu’il était le king pin qui collectait le pizzo auprès des autres entrepreneurs pour le parrain Rizutto qui organisait la collusion. Un Sicilien avec un fort accent et ses habitudes au café Cosensa faisait un coupable idéal de nos turpitudes municipales.

Mais Milioto ne l’a pas joué à la Zambito ; il a tout démenti, a tout nié en bloc – ce dont il se souvient, c’est-à-dire très peu.

Mais, attendez! Le témoin suivant, hier, un analyste de la commission Charbonneau, a révélé que la Ville avait, dès 1997, des études révélant que le marché était truqué et qu’elle se faisait fourrer de 15 à 40% du prix de chaque contrat alloué!

Il est où le vrai scandale? Que des entrepreneurs essaient de tirer profit d’un client, ou qu’une énorme fonction publique hiérarchisée, équipée, confortable, informée de ce qui se passait, n’ait rien fait pour corriger la situation, resserrer les contrôles, et stopper l’hémorragie?

Milioto – il n’est pas Mr Nice Guy dans cette affaire, notez bien – parle avec ressentiment de la fonction publique – qui tarde à payer ses fournisseurs, suit un horaire capricieux, et autorise au mois d’août des contrats de chantiers qui auraient dû, dans de bonnes conditions, être entrepris en mai.

Les fonctionnaires savaient !

Une fonction publique qui savait que le marché des travaux à Montréal était fermé, au détriment de leur employeur et de ceux qui le financent, nous tous.

On ne reviendra pas sur cette municipalité de Cookshire où un entrepreneur a étendu de l’asphalte autour d’un poteau resté planté au milieu d’une route, faute de «communications». Ni sur le Pastagate...

Juste mardi, le vérificateur général levait un drapeau rouge sur des dépassements de coûts évidents et répétés dans les dossiers des usines d’égouts et d’épuration d’eau. Le MAMROT ( c’est le nom du Ministère) n’est pas en mesure de déterminer la nature exacte de la cause de ces dépassements de coûts. Alors, il fait quoi, le ministère responsable, dans cette affaire?

La fonction publique, si elle a déjà été alerte et créatrice dans les premières années de la révolution tranquille, s’est depuis longtemps assoupie sur ses lauriers, ses codes de procédure, son quant-à-soi, mais elle ne fait manifestement pas son job correctement,

On fait quoi, avec ça?

L’enjeu du Québec, comme nation, c’est là qu’il se joue.

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