Ron LeFlore

Accro à la cocaïne

La folle année 1980 de LeFlore

Jim Hawkins | Collaboration spéciale

Publié le: | Mise à jour:

Accro à la cocaïne

photo courtoisie, cristobal herrera

Ron LeFlore a vécu de grandes émotions en 1980 dans l’uniforme des Expos.

Même si Ron LeFlore n’a endossé l’uniforme montréalais que pendant une saison, avant de tenter sa chance sur le marché des joueurs autonomes et de passer à la banque, la simple mention des Expos et de l’année 1980 suffisent à lui soutirer un sourire.

Ce fut «l’année la plus exaltante de ma carrière, a-t-il répété sans hésitation. Et je ne parle pas de mes statistiques personnelles, mais plutôt du plaisir que j’ai éprouvé à jouer à Montréal.

«Montréal a été une grande ville de baseball et son public, des partisans en or. Si je me souviens bien, le Stade olympique attirait souvent 40 000 spectateurs par match. L’ambiance était électrisante.»

«Nous étions si près d’une participation aux séries éliminatoires, puis de la Série mondiale et, qui sait, de tout rafler. Je n’ai jamais eu cette opportunité à Detroit, dit-il. Les Expos m’ont accordé ma seule véritable chance d’accéder à la Série mondiale. Dommage que ça ne se soit pas concrétisé. Ç’aurait été le plus bel accomplissement de ma carrière, considérant les déboires qui ont marqué mon enfance.»

Nuits blanches

Mais l’année de rêve vécue par LeFlore à Montréal ne s’est pas déroulée sans tache.

«C’est à ce moment que j’ai consommé de la drogue comme jamais je ne l’avais fait auparavant. C’était fou, a-t-il confessé. Ç’a été le seul mauvais souvenir de mon séjour à Montréal. Je pouvais garder les yeux ouverts toute la nuit. Je me rappelle une séquence où je suis resté debout pendant cinq ou six jours sans jamais aller au lit.

«Une nuit, je m’en souviens encore, dit-il, le premier ministre du Québec, René Lévesque, fréquentait le même hôtel que moi. À cette époque je consommais de la cocaïne à un rythme démentiel. À un moment donné, je me suis retrouvé dans l’ascenseur, qui était occupé par plusieurs gardes de sécurité. J’ai eu peur d’être dénoncé et reconnu. Ce genre d’événement vous ramène à la réalité.

Personne, ni même le principal intéressé, ne peut dire à coup sûr en quoi sa consommation de stupéfiants a pu affecter ses performances sur le terrain ou le rendement des Expos qui, en 1980, ont lutté pour le titre jusqu’à la dernière ligne droite de la saison.

«Je sais, par contre, que j’ai obtenu le plus haut total de buts volés dans la Ligue nationale», fait-il remarquer

S’il n’a maintenu qu’une modeste moyenne de ,257 au bâton, il est quand même devenu le premier joueur du baseball à dominer le classement des meilleurs voleurs de buts dans les deux ligues, Américaine et Nationale.

Le champion de la division n’a été couronné qu’à l’occasion du tout dernier week-end de la saison régulière, à Philadelphie.

«Nous avions perdu les deux premiers matchs de la série contre les Phillies et tous les espoirs de l’équipe s’étaient alors envolés. Et les miens de remporter un titre qui m’était cher, celui du meilleur voleur de buts de la Ligue. On avait décidé de ne pas inscrire mon nom sur la liste des joueurs partants pour le dernier match de la saison.

«Jusqu’à ce que Pete Rose, qui était aussi assis dans le vestiaire, vienne me dire qu’il ne me manquait que deux larcins pour atteindre mon objectif. À sa recommandation, je me suis dirigé au pas de course vers l’abri des joueurs et j’ai demandé au gérant qu’on m’insère dans la formation à titre de coureur suppléant pendant la rencontre.

«J’ai non seulement réussi à voler le deuxième but, mais aussi le troisième avant de toucher le marbre et de marquer un point.

«À la fin du match, j’étais tellement heureux que je suis allé dans le vestiaire des Phillies, l’équipe qui nous avait éliminés, et j’ai bu du champagne!»

Le message de Dick

Lors d’un match contre les Cards de Saint Louis, plus tôt en saison, LeFlore avait réussi un simple, volé le deuxième et atteint le marbre après que le lanceur adverse eut lancé la balle au champ centre en tentant de le surprendre.

Autre séquence semblable, contre les Mets cette fois : après un simple, il vole, sans surprise, le deuxième coussin et se rend au troisième après le coup retenu de son coéquipier (et autre marchand de vitesse) Rodney Scott. Il a ensuite filé au marbre après que le lanceur, distrait par sa présence sur les sentiers, eut effectué un mauvais relais qui a vu la balle aboutir dans l’abri des joueurs.

Ce scénario, répété à plusieurs reprises en 1980, a contribué à la brillante saison de la formation montréalaise. La vitesse sur les sentiers était l’une des principales marques de commerce de l’équipe.

«Tous les ingrédients étaient réunis pour une recette gagnante, rétorque LeFlore. Nous avions de la vitesse, une défense solide et des lanceurs de talent. À mon souvenir, je n’ai jamais fait partie d’une équipe aussi formidable. N’oublions pas que nous pouvions compter sur la présence de deux futurs membres du Panthéon du baseball en Andre Dawson et Gary Carter.»

«Dick Williams était notre gérant. Il me faisait penser à Ralph Houk quand je suis arrivé à Detroit. Leur message était : vous devez arriver au stade fin prêt à jouer au baseball. C’était leur seule préoccupation.

«Williams ne se souciait pas de votre arrivée tardive au stade, pourvu que vous soyez prêt. C’était apprécié, car j’avoue que je n’étais pas toujours assidu», a indiqué LeFlore avec un sourire en coin.

«Lorsque je me suis fracturé le poignet (en septembre), en tentant de capter une fausse balle de Dave Kingman, face aux Cubs de Chicago, j’ai eu l’impression d’avoir laissé tomber l’organisation en pleine course au championnat.

«Je me suis senti coupable, dit-il. J’aurais dû laisser tomber cette balle qui n’était pas en jeu. Mais, moi, je tentais toujours l’impossible et je donnais mon 100% sur le terrain. Après avoir frappé le mur, je savais que ma blessure était grave, mais j’ai tenu à terminer la rencontre malgré ma fracture.

«J’aurais pu faire envelopper mes doigts sur le bâton lorsque je me suis présenté au marbre, mais j’ai refusé. Et, croyez-le ou non, j’ai réussi un coup sûr en neuvième manche, face au légendaire Bruce Sutter, et fait gagner notre équipe.

«On m’a mis un plâtre pour immobiliser mon poignet le lendemain, mais j’ai demandé à ce que mon nom ne soit pas retiré de la liste des joueurs actifs en faisant comprendre à la direction que je pouvais aider l’équipe à titre de coureur suppléant jusqu’à la fin de la saison. Et c’est ce j’ai fait.»

Aujourd’hui, LeFlore a très peu de nouvelles de ses anciens coéquipiers des Expos.

«Je parle à Rodney Scott de temps en temps au téléphone et je rencontre occasionnellement Ellis Valentine et Jerry White, reconnaît-il. Je vois Andre Dawson périodiquement lorsqu’on nous invite à participer à des activités regroupant des collectionneurs de cartes de sport, et je suis allé saluer Larry Parrish à quelques reprises quand il était à la barre des Tigers de Detroit.

Et il y a aussi ses souvenirs, impérissables.

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