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Un vrai dur à cuire

Réjean Tremblay

Réjean Tremblay

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Un vrai dur à cuire

photo d’archives Denis Brodeur, collaboration spéciale

Les voltigeurs Warren Cromartie, Andre Dawson et Ellis Valentine ont fait le bonheur des amateurs de baseball montréalais à la fin des années 70 et au début des années 80.

Quand j’ai vu la photo de Ron LeFlore à la Une hier, j’ai eu l’impression de faire un ­triple saut dans le temps.

Ron LeFlore, ce grand gaillard baveux et manipulateur, que les Expos nous avaient présenté en conférence de presse, ce Ron LeFlore qui avait vite mis dans sa petite poche le sens critique des chroniqueurs de baseball par son bagout et la salade qu’il savait si bien vendre, ce Ron LeFlore qui avait volé 97 buts en une saison avec les Zamours, c’était cet ­handicapé assis avec un chandail des ­Expos?

Il nous arrivait de Detroit. Et au moins un confrère avait pensé à téléphoner à quelques journalistes couvrant les Tigers pour avoir une autre idée de ­LeFlore.

À Detroit, personne ne pleurait de le voir partir. C’était un trouble-fête ­sournois qui pouvait ­peser lourd dans ­l’esprit d’équipe d’un groupe, avait-on dit à Michel Blanchard, qui avait écrit ­l’histoire.

Mais avec la ­présence de Warren Cromartie, de Gary Carter, de Tim Raines qui avait joué une quinzaine de matchs en 80, de Rodney Scott, d’Ellis ­Valentine, d’André Dawson, de Larry ­Parish ou de Tim Wallach, avec Steve ­Rogers et les autres au monticule, on se disait qu’un autre dur à cuire ne pouvait pas nuire aux Expos.

ÉGOCENTRIQUE

Et quand on parle d’un dur à cuire, on parle d’un vrai. C’est au pénitencier que LeFlore a découvert le baseball. Il jouait dans une équipe de détenus quand un ami a raconté l’histoire à Billy Martin. De fil en aiguille, les Tigers ont offert une chance à ce prisonnier plus doué que les autres.

Il a fini par atteindre les ligues ­majeures à 26 ans. Et ses incroyables qualités athlétiques lui ont vite permis de se démarquer.

Quand il est arrivé avec les Expos, il était un joueur d’élite dans la Ligue américaine. Et avec les Expos, grâce à leur vitesse et à leur arrogance, lui et Rodney Scott ont terrorisé les défenses adverses en y allant de 18 doubles vols de but. De vrais voleurs de grand chemin. Et ils étaient baveux à mouiller les sentiers.

On ne saura jamais si LeFlore a pu nuire aux Expos. La cocaïne circulait déjà dans le vestiaire des Expos avant son arrivée à Montréal. On sait seulement qu’avec lui, le problème a empiré.

Plus tard, je me suis rendu jusqu’à ­Irvine, en Californie, pour rencontrer Tim Raines, en cure de désintoxication dans un centre Betty Ford. Et avec mon ami Claude Larochelle, du Soleil, j’ai déjà réalisé une entrevue surréaliste avec un Ellis Valentine tellement gelé dans le vestiaire que même Larochelle, la bonté même, s’était demandé si Ellis n’était pas malade.

Et puis, à l’époque, on connaissait la filière qui fournissait les joueurs des ­Expos et certaines vedettes des clubs visiteurs au Stade olympique. Mais comme il était impossible d’avoir des preuves ­solides, on ne pouvait en parler et écrire sur le sujet que par des sous-entendus.

Aujourd’hui, on le sait. Tim Raines est allé en désintox, Ellis Valentine œuvre au sein de BAD (Baseball against Drugs) tant en Californie que dans la région de Dallas, au Texas, et LeFlore a raconté une partie de sa vie dans un film et ­surtout dans le Journal ce week-end.

DES ZAMOURS QUAND MÊME

Montréal n’a jamais remplacé les ­Expos. Qu’a gagné l’ancienne métropole au départ des Zamours? Rien.

Ce n’était qu’un signal de plus que Montréal devenait une grosse ville de province.

Et encore. Boston compte sur les Bruins, les Celtics, les Red Sox, le ­Revolution au soccer et les Patriots alors que Montréal doit se contenter d’être folle pour son CH et d’aimer timidement l’Impact. Avec les Expos, on faisait partie des vraies villes de sport en Amérique.

Et puis, ces Expos des années 80 et 90 ont fait chavirer le Québec. Revenir à la couverture du Canadien après avoir passé deux mois fous avec les Expos impliqués dans une course au championnat contre les Pirates de Pittsburgh, les ­Phillies de Philadelphie, les Braves ­d’Atlanta ou les Dodgers de Los Angeles était le signal d’une déprime de quelques jours. L’excitation, c’était les Expos.

On entrait dans une banque et on ­entendait la voix de Jacques Doucet et de Claude Raymond dans le système de haut-parleurs, les gens allaient écouter Ginette Reno en spectacle en portant une oreillette pour suivre les Expos à l’étranger.

Je n’ai qu’à défiler des noms pour que les souvenirs vous laissent rêveurs. ­Dawson, Carter, Cromartie, Raines, ­Gullikson, Rogers, Oliver, Parrish puis Martinez, Walker, Hill, Grissom, Alou et les autres, tous ceux qui ont vécu au Québec dans ces années folles, n’ont pas oublié ces gaillards qui gagnaient ­parfois ou qui perdaient… avec panache.

Certains ont payé le gros prix pour les excès de ces années turbulentes. Ils n’ont pas tous connu un succès dans leur vie comparable à leurs exploits sur le ­losange, mais les souvenirs qu’ils ont ­laissés sont impérissables.

Les ti-culs qui les acclamaient dans le grand Stade ont maintenant 30 ans…

Ils sont chanceux, ils ont été témoins. Ils ont des souvenirs et des images dans leur tête. C’est déjà beaucoup.

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