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Nourriture | Insolite

Des insectes dans l’assiette

Des insectes dans l’assiette
Photo journal de Montréal, Katia Tobar
Le chef cuisinier Jean-Louis Thémis a préparé des chenilles du mopane en sauce avec lait de coco et cari.

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Cuisiner des insectes au four ou à la poêle pourrait bientôt faire partie de votre quotidien. Alors, en brochettes ou en sauce?

Cuisiner des insectes au four ou à la poêle pourrait bientôt faire partie de votre quotidien. Alors, en brochettes ou en sauce?

Malgré l’aversion qu’ils génèrent, la consommation d’insectes pourrait bel et bien devenir un phénomène de mode.

«C’est peut-être quelque chose qu’on va voir de plus en plus. Ça va dans le ­courant de manger plus d’aliments ­naturels», a expliqué la nutritionniste Marie-Josée Leblanc, aussi coordonnatrice du centre sur la nutrition Extenso de l’Université de Montréal.

Le chef cuisinier Jean-Louis Thémis, fondateur de Cuisiniers sans frontières, a consacré dix ans de sa vie à la ­recherche sur la consommation ­d’insectes, ou ­entomophagie. Dix années durant ­lesquelles larves, sauterelles, ­chenilles et autres insectes ont partagé son réfrigérateur, au grand désarroi de sa femme.

Le chef Thémis a fait ses premières ­dégustations d’insectes quand il était ­encore enfant, à Madagascar. Il attrapait des thermites avec ses copains pour les manger, expérience qui était censée ­s’arrêter à un jeu d’enfants.

Pourtant, il y a une vingtaine d’années, le chef Thémis tente de repousser les limites de son métier avec l’entomophagie. «Je crois fortement que c’est la nourriture du futur», explique-t-il.

Pour le chef Thémis, les insectes sont sains, et contiennent beaucoup de ­protéines et peu de gras.

Ils sont également une source de glucides et de vitamines selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Leur récolte pourrait être à l’origine d’une nouvelle économie, car elle ne nécessite aucun investissement majeur et requiert une main-d’œuvre abondante.

En 2011, l’Union européenne a investi 3 millions d’euros (plus de 4 millions de dollars ­canadiens) dans la recherche sur les insectes en tant qu’aliments, et sur leur promotion.

Au Québec, le phénomène de mode est pourtant plus lent à s’installer que dans d’autres pays développés.

Selon le chef Thémis, les Québécois associent la consommation d’insectes à la pauvreté. Une opinion que partage Mme Leblanc, selon laquelle il faudrait ­rééduquer les gens.

Le climat pourrait également être un frein selon Mme Leblanc. Elle explique qu’il faudrait se lancer dans des élevages ­d’insectes comestibles, car on en trouve peu au Québec pendant les six mois d’hiver.

Mario Bonneau, biologiste de formation et animateur scientifique à l’Insectarium de Montréal, avait son propre élevage à domicile avant de devenir père et de céder la pièce consacrée aux insectes à son enfant.

Entomophage, il élevait des grillons domestiques, des larves de ténébrion, ainsi que des phasmes. Il dégustait ces derniers en bretzel, trempés dans du blanc d’œuf avec un peu de sel.

Pour M. Bonneau, cette nouvelle ­habitude de consommation pourrait être bénéfique à l’environnement.

«Les grillons ont besoin de six fois moins de nourriture que les bovins, quatre fois moins que les moutons, et deux fois moins que les porcs et les poulets de chair pour produire la même quantité de protéine. Ils émettent aussi moins de gaz à effet de serre que le bétail traditionnel», selon l’étude des Nations Unies.

Pourtant, cette alimentation du futur n’effraie pas encore la Fédération des producteurs de bovins du Québec. «Ça va prendre du temps. C’est pas ­demain. Et, de là à dire que ça va remplacer les ­protéines présentes dans la viande animale...», s’est exclamée Sonia Dumont, agente aux Communications de la Fédération.

Marché Ghanacan
Sani Piameng, gérant du marché Ghanacan à Montréal, vend des chenilles du mopane.
Photo le journal de Montréal, Katia Tobar
Sani Piameng, gérant du marché Ghanacan à Montréal, vend des chenilles du mopane.
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