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Entrevue | Pierre-Hugues Boisvenu

« J’ai peut-être été imprudent »

Le sénateur Boisvenu fait le point sur sa séparation difficile, ses amours, ses dépenses et son intégrité

« J’ai peut-être été imprudent »
Photo d’archives Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu jure n’avoir jamais volé une cenne au Sénat et être en politique pour la cause et non pour l’argent. « Je n’ai pas un gros train de vie de sénateur », soutient-il.

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Pierre-Hugues Boisvenu ne s’en cache pas : il est tombé en amour avec son adjointe. Un amour interdit, un bonheur difficile qui l’a propulsé dans une tempête médiatique de laquelle il peine à se sortir.

Pierre-Hugues Boisvenu ne s’en cache pas : il est tombé en amour avec son adjointe. Un amour interdit, un bonheur difficile qui l’a propulsé dans une tempête médiatique de laquelle il peine à se sortir.

Dans une entrevue à cœur ouvert accordée au Journal cette semaine, l’homme de 64 ans a senti le besoin de faire le point.

Après la mort de sa fille Julie, assassinée en 2002, puis de son autre fille Isabelle, ­décédée dans un accident de la route en 2005, son couple avec son épouse des 40 dernières années, Diane Carlos, battait de l’aile.

– Est-ce qu’un couple peut survivre à des tragédies comme celles que vous avez ­vécues?

– Quatre-vingts pour cent des couples se séparent. Je pense que c’est un miracle qu’on ait fait 10 ans.

Dès 2006, il a remis sa relation en ­question, dit-il. C’est en 2010, l’année de son arrivée au Sénat, que son épouse lui «a demandé la séparation», dit-il.

Complicité

«On n’était plus du tout à la même place dans la notre vie, dit-il. Moi, j’étais dans

un autre monde en terme d’activités e­t de réalisations.»

Quelques mois plus tard, Isabelle ­Lapointe était embauchée comme adjointe à son bureau sénatorial. En plus d’une grande complicité professionnelle, il s’est développé une liaison qui a lentement pris la forme de l’amour.

Une attirance qu’il a avouée à son épouse au printemps 2011.

Mais les choses n’étaient pas si simples. On ne balance pas par-dessus bord une ­relation de plusieurs décennies comme ça.

«Je me sentais très coupable de l’abandonner, admet M. Boisvenu. Abandonner une femme à 63 ans, pour le grand public, il y a une notion de méchanceté là-dedans. Je me demandais si j’allais rester encore

20 ans dans cette situation pour elle. Et j’ai dit non. J’ai décidé de remplir ma vie, d’être actif et d’être heureux.»

Le sénateur parle de Mme Carlos avec un grand respect pour son vécu, pour toutes les épreuves qu’elle a traversées.

«Diane, ça a été très, très difficile. Elle a perdu Julie, sa mère, Isabelle, son père en cinq ans. Et elle a eu un cancer par-dessus ça. Je trouve que c’est une femme ­courageuse.»

Recoller les morceaux

L’année qui a suivi fut une année de «yo-yo», dit-il, alors qu’il a bien tenté de ­recoller les morceaux de son couple. Mais début 2012, il a fallu se rendre à l’évidence : le couple était maintenant voué à l’échec.

Puis, la relation avec son adjointe a pris de l’ampleur.

«Dans ma vie, il y avait un trou béant sur le plan affectif, admet-il en s’essuyant les yeux. Il est arrivé ce qui est arrivé. C’est une femme qui correspondait à ce dont j’avais besoin comme dynamisme. Elle a été d’un très, très grand secours.»

Mais les règles du Sénat sont frileuses quant à une telle relation.

À l’été 2012, M. Boisvenu s’est rendu voir le conseiller en éthique du Sénat pour lui expliquer la situation. Et pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts, celui-ci a suggéré que son adjointe soit mutée à un autre bureau, si leur relation devait ­perdurer.

Réflexion

«C’est facile à dire, mais pas facile à faire, dit M. Boisvenu. Isabelle est le cœur du bureau. On a pris quelques mois pour réfléchir, en discuter.»

Quelques mois qui se sont étirés jusqu’au début de mars.

«J’ai peut-être été imprudent, je vais le prendre le blâme», dit-il.

M. Boisvenu dit qu’ils devaient passer aux actes quand «la bombe est tombée».

Des médias ont fait la manchette avec sa liaison, son divorce, ses allocations de logement, ses dépenses de déplacements, tout ça au moment où des vérifications étaient menées sur trois sénateurs.

Il jure d’ailleurs n’avoir «jamais volé une cenne» au Sénat (lire le texte en page 2).

Si sa relation avec son adjointe est actuellement au point neutre depuis décembre, la médiatisation de cette liaison, il y a deux semaines, a «brisé» le climat entre

M. Boisvenu et son épouse.

«C’est venu antagoniser nos relations complètement. On ne se parle plus. On est passés d’amis à presque ennemis. Et je prends ma part de responsabilité. Mais c’est quelque chose qui normalement n’est pas sur la place publique.»

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