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Les résidents embauchent

Un CHSLD de Montréal a choisi de les faire participer aux entrevues

Les résidents embauchent
Photo le journal de montréal, héloïse archambault Le résident John Brkich, 59 ans, et la responsable du programme d’embauche Dominique Dubé choisissent ensemble les ­préposés aux bénéficiaires depuis plus d’un an.

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Si le taux de roulement des préposés aux bénéficiaires est souvent élevé dans les CHSLD, un centre de Montréal a trouvé un moyen pour résoudre ce problème : faire participer les résidents aux entrevues d’embauche.

Si le taux de roulement des préposés aux bénéficiaires est souvent élevé dans les CHSLD, un centre de Montréal a trouvé un moyen pour résoudre ce problème : faire participer les résidents aux entrevues d’embauche.

«Je me fie beaucoup à mon feeling, je suis capable de voir si la personne ferait un bon employé», explique John Brkich, le résident de 59 ans du Centre de soins prolongés Grace Dart qui participe aux entrevues.

Combattre les préjugés

Voilà plus d’un an que ce centre de l’Est de Montréal a fait le pari de faire participer des résidents à la sélection des préposés aux bénéficiaires. L’idée leur est venue d’une résidence du Connecticut, où cette pratique montrait de beaux résultats.

«Il y a beaucoup de préjugés voulant que les résidents ne soient pas autonomes. Mais notre but, c’est de les garder autonomes, souligne la directrice générale du CHSLD, Marie-France Bodet. Je suis sûre que chaque CHSLD a des résidents qui peuvent faire ce travail.»

Depuis septembre 2011, M. Brkich participe à la plupart des entrevues d’embauche des préposés, avec la responsable des ressources humaines. En moyenne, il prend part à deux entrevues par semaine. Une autre résidente prend aussi part à des entrevues.

Selon la direction du CHSLD, l’attitude physique du candidat envers M. Brkich montre rapidement s’il ferait un bon employé.

«Lorsque la personne n’est pas capable de me regarder dans les yeux quand elle me parle, c’est mauvais signe», indique M. Brkich.

«Les personnes âgées sont vulnérables, et les préposés donnent des soins très intimes, ajoute Mme Bodet. C’est [...] important qu’il y ait un lien de confiance entre eux.»

Côté humain

Responsable du projet au CHSLD, ­Dominique Dubé est convaincue que la présence de M. Brkich fait la différence.

«Le but est d’évaluer le côté humain de la personne, ce qu’on ne peut pas voir au téléphone, constate-t-elle. On tient toujours compte de l’opinion de M. Brkich, et nous sommes souvent d’accord.»

Depuis le début du projet, le roulement de personnel a diminué d’environ 1,8%, et le taux de réussite de la période de probation des employés est en hausse. Environ 10% des candidatures ne sont pas ­retenues.

Pour Mme Bodet, il est clair que cette initiative devrait être reprise ailleurs.

«On veut créer un milieu de vie, et c’est un projet qui montre que les bottines suivent les babines, dit-elle. Ce sont les employés qui doivent tourner autour des résidents, pas le contraire.»

Selon elle, l’aspect bureaucratique des CHSLD explique le manque de participation des résidents à leur milieu de vie.

Initiative populaire

«Le recrutement n’est pas considéré comme un service direct au résident, mais ce sont pourtant des vases communicants, explique-t-elle. On a souvent la mentalité de parquer les petits vieux en attendant qu’ils meurent. Mais ce sont eux qui ont beaucoup à nous apporter.»

M. Brkich souligne d’ailleurs que cette initiative est populaire. «Les gens sont très heureux depuis qu’on fait ça.»

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