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Travail | Gestion

Produire sans pression

Avec la formule ROWE, des employeurs privilégient une organisation du travail plus souple

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photo le journal de Montréal, Isabelle Maher Charles Demers joue au hockey avec ses collègues et leur patron pendant les heures de travail. Leur employeur a adopté une méthode qui permet ce genre de souplesse.

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Le culte du résultat sans la contrainte des horaires et de la présence au travail, voilà ce que propose la méthode ROWE, mise au point par deux Américaines il y a 10 ans. Des employeurs québécois qui ont implanté ce modèle dans leur entreprise en font un bilan plutôt positif.

Le culte du résultat sans la contrainte des horaires et de la présence au travail, voilà ce que propose la méthode ROWE, mise au point par deux Américaines il y a 10 ans. Des employeurs québécois qui ont implanté ce modèle dans leur entreprise en font un bilan plutôt positif.

Jeudi, 14 h, Charles Demers quitte le travail. Il n’est pas malade et ne justifiera pas son absence. Où va-t-il? «Je n’en ai aucune idée, ­répond en riant son patron Patrick d’Astous. En fait, je n’ai pas à le ­savoir. La notion de temps ne fait pas partie des conversations. Tu rentres tard... Tu pars tôt... c’est le genre de phrases proscrites chez nous», explique le président ­d’Astous Groupe Conseil, une ­entreprise de services-conseils aux entrepreneurs.

Il y a deux ans, Patrick d’Astous a convoqué ses employés pour leur ­annoncer que sa petite entreprise de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud, allait adopter un nouveau modèle de ­gestion appelé ROWE (Results-Only Work Environment).

L’approche mise au point par deux Américaines, Cali Ressler et Jody Thompson, a été popularisée dans un premier ouvrage lancé en 2003 et un site internet qui mousse leur méthode fondée sur l’atteinte de résultats à ­l’intérieur d’horaires de travail plus souples pour les employés.

Une exigence : les résultats

«Tout ce que j’ai lu dans ce livre, j’y crois. Au début, les employés avaient peur qu’on leur donne des objectifs impossibles à atteindre. Ce n’est pas le cas, on bâtit nos objectifs à partir des performances passées», détaille ­Patrick d’Astous, convaincu que les employés sont ainsi plus efficaces et se responsabilisent davantage.

«Les horaires plus souples, c’est beaucoup mieux. On se sent moins poussé, observe Charles Demers, rédacteur scientifique pour d’Astous Groupe Conseil. Le lundi, je suis des cours à l’université. La session ­dernière, je prenais des cours de violon. Je peux écrire mon blogue le dimanche, alléger ma semaine et ­aller jouer au hockey», ajoute-t-il.

Seule véritable exigence de la ­méthode ROWE : le travail doit être fait. Pour le gestionnaire, le système de feuille de temps n’existe plus. En ­revanche, il doit toujours prévoir et se projeter dans l’avenir. «Il ne faut pas confondre le ROWE avec le télétravail, c’est beaucoup plus que de travailler de chez soi», précise Patrick d’Astous.

D’autres entreprises établies au Québec appliquent le ROWE ou des méthodes de travail semblables. C’est le cas notamment de Best Buy, Gap, la Banque Royale et Ubisoft.

Le fabricant de jeux vidéo a décliné nos demandes d’entrevues, préférant rester discret sur le sujet pour des raisons de stratégies et de compétition, explique Steven Ross, responsable des communications chez Ubisoft.

Selon les experts en gestion que nous avons consultés, la méthode ROWE n’offre rien de très nouveau. «C’est de l’excellent marketing, tranche Diane-Gabrielle Tremblay, spécialiste en gestion des ressources humaines. Cette méthode d’atteinte des objectifs orientée sur les résultats existe depuis ­longtemps en gestion», souligne la chercheuse et professeure à la ­TELUQ de l’UQAM.

Pas pour tout le monde

La souplesse dans le travail ­répond a un réel besoin des travailleurs, observe Denis Morin, professeur à l’École de Gestion de l’UQAM.

«L’employé est prêt à s’engager, mais il veut un milieu de travail qui permet de se surpasser», souligne-t-il.

Mais ce modèle ne s’applique pas à tous les secteurs ni à toutes les personnalités, souligne l’expert. «Ça demande beaucoup d’autonomie et de discipline de la part de l’employé. Il lui faut un certain ­savoir-faire et un savoir-être, car les résultats, c’est important, mais le comportement au travail l’est tout autant», conclut-il.

les 13 règles
de la méthode
ROWE
1 Le travail n’est pas un lieu où l’on se rend, mais la somme de choses que l’on fait.
2 Il n’y a plus d’horaire de travail.
3 Personne ne doit se sentir coupable, débordé ou stressé par son travail.
4 Il n’y a plus d’urgence de dernière minute.
5 Plus personne ne juge autrui sur la façon dont il occupe son temps.
6 Tout salarié doit cesser toute activité qui lui fait perdre son temps, celui de ses clients ou de son entreprise.
7 Chacun a le droit de travailler comme il le désire.
8 Chaque jour doit ressembler à un samedi.
9 Chacun dispose du temps libre et des congés qu’il souhaite tant que son travail est fait.
10 On n’est pas en retard parce qu’on arrive à 14 h sur son lieu de travail et on ne prend pas son après-midi parce qu’on part à 14 h.
11 Personne ne parle des heures qu’il fait.
12 Toute réunion est facultative.
13 On peut faire ses courses le mercredi matin, aller au cinéma le mardi après-midi ou se reposer après le déjeuner.
Source : Why Work Sucks and How to Fix It: The Results-Only Revolution, Cali Ressler et Jody Thompson
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