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Moules guérisseuses

Des chercheurs de McGill utilisent les mollusques pour rendre les médicaments plus efficaces

Anne Caroline Desplanques

Anne Caroline Desplanques

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

Moules guérisseuses

Marta Cerruti - Chimiste

La supercolle qui permet aux moules de s’accrocher aux coques des bateaux contre vents et marées pourrait bien nous aider à guérir à moindre coût et sans piqûres, selon une équipe de l’Université McGill.

Humide, acide et en mouvement constant, la muqueuse gastrique et intestinale est un milieu hostile pour les médicaments. Beaucoup n’y adhèrent pas et sont simplement rejetés dans nos urines.

C’est pourquoi les diabétiques, par exemple, sont obligés d’avoir recours aux injections pour maîtriser leur taux d’insuline. S’ils l’avalaient sous forme de pilules, le risque que la médication se perde en chemin serait trop élevé.

Mais serait-il possible que le médicament se colle à l’intérieur de l’intestin comme une moule sous un bateau?

C’est la question que se sont posée la chimiste Marta Cerruti et son équipe du laboratoire Biointerface, à l’Université McGill.

Malgré l’eau, le sel, les courants et les vagues, les moules parviennent en effet à s’accrocher aux parois des bateaux, aux rochers, aux cordages, etc., et à y passer toute leur vie.

Dotés de la supercolle de ces petits mollusques marins, les médicaments ne traverseraient plus simplement notre estomac et nos intestins, mais s’y accrocheraient le temps d’être complètement digérés.

Bon pour l’environnement

«Ça permet d’avoir moins de rejet de médicaments dans nos urines et aussi de réduire les coûts des médicaments puisqu’on peut diminuer les doses», explique Mme Cerruti.

Cette découverte pourrait également être une bouffée d’oxygène pour le milieu de vie même des moules.

À l’heure actuelle, le fleuve Saint-Laurent, par exemple, est une véritable soupe médicamenteuse. En 2006, Environnement Canada y a détecté 17 produits pharmaceutiques et autres rejets. En conséquence, à certains endroits, jusqu’à 66% des moules étaient devenues des femelles en 2004.

L’équipe de l’Université McGill procédera à différents tests dans les prochains mois, en premier lieu, avec la calcitonine, une petite protéine administrée uniquement par voie intraveineuse pour le traitement de l’ostéoporose.

Mme Cerruti a bon espoir que sa découverte se retrouvent sur les tablettes des pharmacies d’ici cinq ans. En parallèle, elle réfléchit à créer des gouttes ophtalmologiques permettant d’éviter les injections dans l’œil.

Et – pourquoi pas? – des patchs buccaux qui éviteraient tout bonnement d’avaler des médicaments puisque l’absorption par les parois de la bouche est plus efficace que par celles de l’estomac, explique la chimiste.

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