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Entrevue | Martine Desjardins

« La CLASSE s’invitait dans nos manifestations »

Martine Desjardins se confie sur les relations difficiles entre la FEUQ et la CLASSE

Sarah-Maude Lefebvre

Sarah-Maude Lefebvre @

Journal de Montréal, Publié le: | Mise à jour:

La CLASSE a nui à la cause étudiante tout au long du printemps érable, affirme Martine Desjardins, qui s’apprête à quitter la présidence de la FEUQ.

«Je peux le dire maintenant. Au final, la casse et la violence ont divisé notre message et la CLASSE a nui à notre cause», lance-t-elle.

Le 30 avril prochain, Martine Desjardins terminera son deuxième et dernier mandat à la tête de la Fédération étudiante universitaire du Québec. Dans un entretien exclusif accordé au Journal, la présidente sortante s’est confiée sur les relations difficiles entre la FEUQ et la CLASSE.

Tensions

«On ne s’est jamais entendus sur un plan d’action avec la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). On a fait seulement deux actions conjointes. Le reste du temps, la CLASSE s’invitait dans nos manifes­tations».

Le mouvement de contestation sur la hausse des droits de scolarité, surnommé «le printemps érable», s’est échelonné sur plus de six mois, au cours desquels les manifestations et les affrontements avec les policiers se sont multipliés.

Martine Desjardins déplore que les fédérations étudiantes aient dû, à maintes reprises, prendre le blâme pour certaines actions attribuées à la CLASSE.

«On a pris des balles à leur place. Lorsque des étudiants ont bloqué le pont Champlain, le matin du 20 mars 2012, c’est nous qui avons dû appeler les manifestants au calme, alors qu’aucun de nos membres n’y était.»

Pendant le printemps érable, la FECQ et la FEUQ ont collaboré et ont dû «s’ajuster» continuellement aux actions de la CLASSE, affirme aussi Mme Desjardins.

«La manifestation du 22 mars, qui a rassemblé des milliers d’étudiants, était notre idée, mais la CLASSE l’a récupérée. À la fin de la marche, Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin se sont chamaillés. La CLASSE ne voulait pas qu’on monte sur la scène pour parler aux étudiants. Léo et moi avons été obligés de monter sur un camion pour nous adresser à la foule.»

Martine Desjardins se dit «fière» d’avoir participé à ce «mouvement historique» qu’a été la grève pour les droits de scolarité, mais elle avoue avoir aussi vécu des moments difficiles.

«J’ai reçu des menaces de mort. J’ai lu beaucoup de propos haineux sur les réseaux sociaux. Ç’a été dur pour ma famille et mon entourage, que je n’ai presque pas vus pendant le conflit. C’est mon plus grand regret à propos de cette période.»

En avril 2012, alors que le conflit s’enlisait, Martine Desjardins a même hésité à prolonger d’un an son mandat de présidente de la FEUQ.

«Les négociations étaient au point mort. La manifestation contre le Plan Nord avait mal viré. Je me suis mise à douter et à me demander si j’avais fait des erreurs.»

À d’autres moments, Mme Desjardins affirme avoir carrément «eu peur», notamment lors de la manifestation tenue à Victoriaville en marge du congrès du Parti libé­ral, qui s’est soldée par plusieurs arrestations et blessés.

«C’était le bordel. Je pensais qu’il y aurait des morts.»

Pas de nouvelle grève

Martine Desjardins avoue avoir hâte de tourner la page, même si elle a «adoré» son expérience au sein du mouvement étudiant.

«L’année a été épuisante. Pendant six mois, j’ai travaillé de six heures le matin à minuit le soir. Je n’avais pas de vie personnelle. Souvent, je dormais au bureau.»

Selon elle, le Québec n’est pas près de vivre un deuxième printemps érable.

«Si la FEUQ décide de se battre contre l’indexation des droits de scolarité, il y aura un plan d’action à long terme. Je pense que les associations étudiantes vont se concentrer pour le moment sur les grands chantiers en éducation. Ensuite, on verra.»

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