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SUICIDE | Halifax

Suicide de Rehtaeh Parsons: lisez la lettre déchirante d'un père blessé

Rehtaeh Parsons (Père)
photo Courtoisie

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Ma fille avait trois ans lorsque je l’ai emmenée voir le film «Babe, un cochon dans la ville». Il y a un passage dans le film où Babe renverse un bocal à poisson. Le poisson tombe sur le plancher et se met à s’agiter. À ce moment-là, Rae s’est mise debout sur sa chaise et a commencé à crier pour que quelqu’un aide le poisson. J’essayais de la rassurer en lui disant que Babe allait l’aider (Dieu merci, il l’a fait) et que le poisson s’en tirerait.

C’était la nature de ma fille Rehtaeh. Elle a été comme ça toute sa vie. On ne pouvait pas aller prendre une marche dans Halifax sans qu’elle me demande de donner de la monnaie à une personne dans le besoin. Elle était toujours prête à aider une personne, ou un animal. Elle a déjà appelé le service de contrôle des animaux parce que les voisins avaient laissé leur chien à l’extérieur trop longtemps. Sa chambre et sa vie étaient toujours pleines de petites créatures.

Parfois son cœur était trop grand, et parfois, cela me faisait peur.

On dit que les parents doivent enseigner à leurs enfants. C’était plutôt Rehtaeh qui était mon professeur. Mon précieux cadeau. Elle était ce que j’avais de mieux.

Chez moi, il y a une petite boîte de bois qui contient tous les souvenirs que je conserve de ma merveilleuse petite fille. L’ensemble qu’elle portait en sortant de l’hôpital, une trace de sa main dans l’argile, des dessins et des cartes qu’elle a faits à l’école, des notes. Il y a même un journal datant du 9 décembre 1995, le jour où elle est venue au monde.

J’essayais de garder tout ça pour elle, pour qu’elle l’ait au moment elle allait avoir sa propre famille. Ce jour-là ne viendra jamais.

Rehtaeh est morte le 7 avril, à 23h15. Elle avait 17 ans.

Elle est morte en se battant pour sa vie, comme ce fut le cas pour les 18 derniers mois. Elle s’est accrochée jusqu’à la fin. Les infirmières nous ont dit que si elle n’était pas déclarée en état de mort cérébrale bientôt, ils ne pourraient redonner ses organes.

On ne pouvait pas attendre plus longtemps. Elle ne pouvait pas vivre plus longtemps. Au tout dernier moment, il y a eu un changement dans sa pression sanguine, alors que la dernière partie de son cerveau abandonnait la lutte. Elle savait qu’elle devait partir. Il était temps de se laisser aller et de trouver la paix.

C’était tellement elle, de s’accrocher jusqu’à la dernière seconde. Pour nous donner la chance de tenir sa main, essuyer ses larmes et embrasser son beau visage une dernière fois.

J’ai essayé de mon mieux de sauver la vie de ma fille. Je le crois au fond de mon cœur.

Je lui ai souvent demandé ce que je pouvais faire, si j’en faisais assez, ce qu’elle espérait de moi. Elle me disait qu’elle voulait simplement que je sois son père. Que je la fasse rire. De faire tout ce qui est possible pour que cette partie de sa vie reste normale. Elle disait que ça l’aidait plus que je ne pouvais l’imaginer.

J’ai prié pour le mieux alors que je la préparais au pire. Nous sommes allés consulter. Parfois j’étais le conducteur, parfois le père, parfois le conseiller.

Le pire cauchemar de ma vie vient de commencer. J’aimais mon merveilleux bébé de tout mon cœur. Elle était tout pour moi. J’ai senti son cœur battre en mon âme du moment de sa naissance jusqu’à sa mort. Nous étions une équipe. Nous étions les meilleurs amis. Il nous arrivait souvent de nous asseoir sur le divan pour rire jusqu’à en avoir du mal à parler. Quand nous n’étions pas ensemble, elle m’appelait ou m’envoyait un texto tous les jours, juste pour dire bonjour, ou me dire qu’elle m’aimait.

La relation que j’avais avec ma fille était une chose rare. C’était merveilleux. Cela contribuait à définir ma vie, l’a rendue riche et belle.

Elle était formidable.

Hier, j’ai regardé une autre boîte de bois. Elle va contenir ses cendres. Je la déteste.

Je me devais d’écrire à propos de ça. Je ne veux pas que sa vie soit racontée par une recherche sur Google à propos du suicide, de la mort, du viol. Je veux qu’il soit question de son grand cœur. De son sourire. De son amour de la vie et de la belle façon qu’elle a vécu la sienne.

J’ai découvert, cet après-midi, que ma fille a sauvé la vie d’une jeune femme avec son cœur. C’est logique.

Elle aussi donné à quelqu’un un nouveau foie, un rein, un nouveau souffle, une nouvelle chance d’aimer. Elle a sauvé la vie de quatre personnes avec son dernier don de vie. Elle était merveilleuse à ce point-là.

Quelqu’un aura la chance de voir le monde à travers les yeux de ma fille. Les plus beaux yeux que je n’ai jamais vus.

Au ministre de la Justice de la Nouvelle-Écosse:

Rehtaeh Parsons croyait que la pire chose qui pouvait lui arriver, c’est qu’aucune accusation ne soit portée à l’endroit des hommes qui l’ont violée, mais nous pensions autrement. La pire chose qui pouvait lui arriver était des accusations. Qu’ils soient déclarés coupables, et que Rehtaeh doive s’asseoir en cour et écouter avec incrédulité pendant qu’ils sont libérés, ou qu’ils obtiennent une condamnation avec sursis, ou des travaux communautaires. Pour avoir détruit sa vie en riant.

Ils n’ont pas agi en pensant qu’ils s’en sortiraient, ils savaient qu’ils s’en sortiraient. Ils ont pris des photos. Ils les ont mises sur leur mur Facebook, les ont envoyées par courriel à Dieu sait qui. Ils ont partagé ces photos avec le monde comme s’il s’agissait d’une chose amusante.

Comment est-il possible qu’une personne laisse autant de traces sans que la GRC ne trouve de preuve? Que cherchaient-ils si des photos et des vantardises ne suffisent pas?

Pourquoi ce dossier a-t-il été traité comme un cas mineur d’intimidation plutôt qu’un viol? La production et la distribution de pornographie juvénile ne sont-elles pas un crime dans ce pays? Plusieurs personnes ont reçu cette photo par courriel. Les policiers ont cette information (du moins, ils nous ont dit l’avoir). Quand une personne soutient avoir été violée, est-ce qu’il est normal d’attendre des mois avant de parler aux individus qu’elle accuse?

Vous avez ici l’opportunité de faire quelque chose de bien, et qu’on se le dise: le système judiciaire de la Nouvelle-Écosse allait la violer de nouveau avec son indifférence face à sa douleur et aux dommages qu’elle a subis.

Ma fille n’a pas été intimidée à mort, elle a été déçue à mort. Déçue par des personnes en qui elle avait confiance, son école, la police.

C’était ma fille, mais c’était votre fille aussi.

Pour l'amour de Dieu, faites quelque chose.

Je me sens mort, à l’intérieur.


Ceci est la traduction d’une lettre écrite par Glen Canning, le père de Rehtaeh Parsons, à la suite du suicide de la jeune fille de 17 ans. L’originale en anglais est disponible sur son site internet: glencanning.com

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