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SNC-Lavalin bannie pour 10 ans

La Banque mondiale coupe les ponts avec le géant québécois du génie

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En raison d’allégations de fraude et de corruption, la Banque mondiale bannit SNC-Lavalin Inc. et ses filiales de tous les projets qu’elle financera à travers le monde pour les dix prochaines années.

En raison d’allégations de fraude et de corruption, la Banque mondiale bannit SNC-Lavalin Inc. et ses filiales de tous les projets qu’elle financera à travers le monde pour les dix prochaines années.

Soupçonné d’avoir distribué des enveloppes brunes en Asie du Sud-Est, le géant québécois du génie a perdu la confiance de la Banque mondiale.

L’institution lui a retiré hier le droit de soumissionner et de se voir octroyer les projets qu’elle finance de par le monde pour les dix prochaines années.

Bangladesh et Cambodge

Le lien de confiance entre SNC-Lavalin et la Banque mondiale a commencé à se fissurer en 2011, suite au déclenchement d’une enquête portant sur l’octroi d’un contrat au Bangladesh.

La firme est soupçonnée d’avoir versé des pots-de-vin à des décideurs locaux pour obtenir le contrat de construction d’un immense pont de plus de six kilomètres.

La même enquête, menée en partie au Canada avec le concours de la GRC, a conduit la Banque mondiale jusqu’au Cambodge, où SNC-Lavalin aurait également eu recours à des pratiques douteuses sur un chantier d’électrification.

Compte tenu du poids de la Banque mondiale dans les chantiers d’infrastructures des pays émergents, c’est un vaste marché qui échappera à SNC-Lavalin pendant une décennie.

«En Amérique du Nord et en Europe, c’est l’austérité. La croissance est dans les économies en émergence. Le futur est là-bas. Donc c’est une perte significative», estime Richard Leblanc, professeur de l’Université York, spécialisé en gouvernance des entreprises.

Sanction exemplaire

M. Leblanc approuve toutefois la décision de la Banque mondiale, tout comme Michel Nadeau, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques.

«La population est tannée de se faire flouer. L’opinion publique mondiale est de plus en plus exigeante en matière de gouvernance. Les organisations doivent s’adapter et pour ça, ça prend des coups de massue comme celui-là», a dit M. Nadeau.

Pour lui cette «sanction exemplaire» pourrait inspirer d’autres organisations et gouvernements à sévir pour imposer plus de «moralité» au milieu des affaires.

En février, Ottawa a d’ailleurs annoncé son intention de durcir les lois pour lui permettre de poursuivre les compagnies canadiennes qui versent des pots-de-vin à l’étranger. L’annonce avait été faite alors même que SNC-Lavalin faisait la manchette pour avoir présumément versé 160 M$ au régime Kadhafi, en Lybie.

Faire le ménage

Les actionnaires doivent aussi se faire entendre, estime M. Leblanc. «SNC-Lavalin devrait être poursuivi par ses actionnaires», croit-il.

La Caisse de dépôt et placement du Québec s’est d’ailleurs distanciée de SNC-Lavalin en liquidant le tiers des actions qu’elle détenait dans la firme au cours de son dernier exercice financier, a-t-on appris mardi.

SNC-Lavalin assure être déterminée à établir des normes de conduite éthique et de bonne gouvernance «irréprochables».

Mais M. Leblanc n’en est pas convaincu. Pour lui, «tous les membres du conseil d’administration et les gestionnaires seniors devraient être remplacés. Quatre dirigeants congédiés ça ne suffit pas. Il faut des gens compétents qui ont la colonne vertébrale pour s’imposer», gronde-t-il.

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