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Technicien coupable d’agression sexuelle

« Pas le crime du siècle » dit un juge

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Un technicien de Bell a beau être coupable d’agression sexuelle sur une jeune cliente, il pourrait bien obtenir l’absolution afin de garder son emploi. « Ce n’est pas le crime du siècle », a même commenté le juge devant la victime.

Un technicien de Bell a beau être coupable d’agression sexuelle sur une jeune cliente, il pourrait bien obtenir l’absolution afin de garder son emploi. « Ce n’est pas le crime du siècle », a même commenté le juge devant la victime.

Lamri Douadi, un ressortissant Algérien arrivé au pays il y a cinq ans, a commis une erreur lorsqu’il a attrapé les seins d’une jeune femme de 19 ans, car le geste a suffit pour qu’il soit déclaré coupable d’agression sexuelle.

L’affaire remonte à septembre 2011. Peu avant midi, l’accusé de 40 ans est allé chez une cliente. Il devait installer le câble, l’internet et le téléphone dans le petit deux et demi, mais la situation a dégénéré.

Après avoir longuement complimenté la jeune femme sur son physique et de l’avoir invité en vain au cinéma, il lui a demandé de se déshabiller pour « juste regarder ». La jeune femme a refusé mais le technicien en a remis, expliquant que « même à son âge, les filles de (son) pays faisant l’amour avec plein d’hommes ».

C’est finalement en prétextant des poils de chats sur les vêtements de sa cliente que Douadi a « frotté » ses seins et ses cuisses, commettant ainsi un acte criminel.

La jeune femme, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a appelé la police le lendemain, car le département des plaintes de Bell lui aurait dit de rappeler plus tard, selon elle.

« Je n’étais pas sûre de pouvoir appeler parce qu’il n’y avait pas eu de pénétration, a témoigné la victime lors du procès de l’agresseur. Oui, à 19 ans, je ne savais pas que c’était une agression sexuelle. »

Douadi a été arrêté peu après et au terme de son procès la semaine passée, le juge l’a finalement déclaré coupable d’agression sexuelle.

« Si (l’accusé) avait juste dit ‘peux-tu jouer avec moi’ sans toucher, ce n’est pas correct mais ce n’est peut-être pas criminel, a expliqué le juge Jean-Paul Braun. Mais s’il dit ça et qu’il passe après les mains sur ses seins, ça c’est criminel. »

Sauf que l’employé de Bell pourrait bien éviter un casier judiciaire. Car tout en condamnant l’agresseur, le magistrat a mentionné que l’accusé n’était pas un « méchant monsieur ».

« Ce n’est pas un batteur et ce n’est pas un violeur, a commenté le juge Braun ajoutant que ce n’était ‘pas le crime du siècle’. Est-ce qu’un geste d’égarement mérite de perdre son emploi, de risquer tous les efforts qu’il a fait pour être ici ? »

Assise dans la salle tout au long de l’audience, la victime n’a pas compris comment le juge pouvait envisager l’absolution, surtout si c’était pour que le technicien puisse garder son emploi.

« Si on dit juste qu’il est coupable, ça va changer quoi ? a-t-elle dit au magistrat. Il va regagner sa job et est-ce qu’il va pouvoir faire ça à d’autres personnes ? Je ne suis pas venue ici pour le voir coupable, mais pour que ça n’arrive pas à d’autres personnes. »

Le juge Braun a répondu qu’il n’avait pas encore tranché sur la sentence. Un rapport présentenciel a d’ailleurs été commandé pour dresser le portrait de l’accusé.

—Est-ce un bon employé qui a fait une erreur ? s’est questionné le juge. Parfois, une personne commet un vol à l’étalage, on lui demande pourquoi, elle ne comprend pas... On veut en savoir plus.

—Je comprends mais là on ne parle pas de lunettes, a rétorqué la victime.

Les parties n’ont pas encore plaidé sur la peine à imposer à l’agresseur, mais la Couronne est d’avis qu’il faut « passer un message clair » à la société. L’avocate de la défense a pour sa part exclut la prison ferme, qualifiant l’agression de « désagrément » pour la victime plutôt que de « préjudice ».

Daoudi reviendra au palais de justice de Montréal en septembre pour les représentations sur la peine à lui imposer. Il est présentement suspendu par son employeur, a-t-il dit au juge.

Fait à noter, il a été accusé par voie sommaire, ce qui signifie que la peine sera moins élevée que s’il avait été accusé par acte criminel.

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